Tu dors Nicole raconte l’été des 22 ans de Nicole (Julianne Côté). Son amie Véronique (Catherine St-Laurent) et elle entrevoient avec enthousiasme cette saison qui s’annonce paisible et ouverte à toutes les possibilités. Nicole s’occupe de la maison familiale en l’absence de ses parents. Or, l’arrivée du frère de son frère musicien (Marc-André Grondin) et du band de ce dernier bouscule les plans initiaux des deux amies. Les insomnies, les préparations d’un voyage en Islande, les avances d’un jeune garçon de 10 ans à la voix d’homme et l’enregistrement d’un album rock composent les longues journées estivales du personnage principal.

Stéphane Lafleur met en scène de manière réussie et touchante le début de la période de l’âge adulte, les instants de flottement, d’hésitations et de doutes. La grisante liberté de cette période comporte ses aléas doux et amers. Nicole peine à dormir, n’arrive plus à s’émerveiller ou à s’emballer devant des activités qui, autrefois, l’enthousiasmaient. Au fil du film, elle se détache de la réalité et des gens qui l’entourent. Elle s’égare, elle cumule les déceptions, les tristesses, les échecs. Ses insomnies l’amènent à flâner dans son quartier de banlieue. Cela donne lieu à quelques instants poétiques et surréels. L’univers de Nicole semble en suspens, à la lisière du merveilleux, à la frontière de l’âge adulte, grave et lourd.

Le noir et blanc confère, à Tu dors Nicole, une intemporalité et une mélancolie émouvantes. Ce choix esthétique permet aussi d’illustrer avec brio la sensation de vacillement, d’apesanteur et d’étrangeté provoquée par l’accumulation des nuits blanches. Chaque plan est très riche et d’une beauté symétrique très intéressante. En l’occurrence, la scène où, déçue de son amie, Nicole retourne chez elle et dégonfle un matelas. Elle s’étend sur ce dernier et s’enfonce tranquillement. La tristesse l’engloutit peu à peu. La scène finale se conclut par l’explosion de colère de Nicole et le jaillissement d’un grand geyser. La signature de Stéphane Lafleur est bien visible dans la forme, mais aussi dans les dialogues. L’humour apparaît au détour, entre quelques silences. Le banal et l’intime côtoient l’imaginaire et l’irréel, sans alourdir ou diluer la sincérité des émotions et c’est l’une des grandes forces de ce troisième long métrage de Stéphane Lafleur.

Ce film fort bien réussi sort en salles pour les derniers jours de l’été et il s’inscrit déjà dans les moments forts du cinéma québécois de cette année.

– Sylvie-Anne Boutin