Quel est l’impact que peut avoir une œuvre sur un individu tout au long de sa vie, et quel rôle jouera l’âge de la peronne dans la réception de cette œuvre ? Telle est la question que pose Emma, pièce créée par l’ASBL Lato Sensu en Belgique et présentée cet automne au théâtre Denise-Pelletier. Plus précisément, le spectacle se penche sur le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert et sur l’interprétation qu’en fera Emma à différents moments de sa vie, à l’âge d’un an et demi, dix-sept ans, quarante-cinq ans et sur son lit de mort, soixante-dix ans passés. Emma s’adresse à ses oursons de peluches et leur expose ses états d’âme sur ses moments de faiblesse, ses pensées, ses relations et le monde en général, parfois en lisant des lettres hilarantes adressées à ses parents morts, à Futurshop, au père noël et bien d’autres.

Le thème d’un classique interprété à différents âges d’une vie s’avère une bonne idée: combien d’entre nous avons détesté un roman qu’on nous a obligé de lire au secondaire pour le redécouvrir avec plaisir 5, 10, 15 ou 20 ans plus tard? Mais Flaubert se réduit vite à un simple lien conducteur qui tient ensemble un tout éclectique. C’est la faiblesse du texte écrit et mis en scène par Dominique Bréda : il semble vouloir toucher à tout, au point où le thème principal ne semble plus être clair. Certains moments se révèleront particulièrement cabotins et on se demandera l’utilité de certaines scènes, particulièrement celles d’une Emma vieille et sénile qui semblent être présentées pour obtenir des rires faciles. Mises à part ces lacunes, le texte se tient bien, soutenu par une mise en scène épurée et minimaliste.

La grande force de la pièce demeure le jeu de l’actrice Julie Duroisin qui réussit toute seule à tenir en haleine le public pendant une heure vingt. Il faut la voir vieillir et rajeunir d’une vingtaine d’années en quelques secondes, en changeant un détail de son costume et sa mimique gestuelle. Son jeu s’adapte à l’état de son personnage en un clin d’œil. Ne serait-ce que pour sa performance, le spectacle en vaut la peine.

– Boris Nonveiller

Emma est présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 20 octobre 2012