Crédit: Benoit Dumont

The air is cool and the sky starry
I’m laughing in the face of time
Once again
Flying my way through space and rhymes

Avoir un billet de spectacle pour Émilie Clepper entre les mains, c’est un peu comme avoir un aller simple pour une ville du Texas profond. Rien de moins. Surtout, embarquez sans hésiter. Vous le regretteriez, vous n’avez pas idée.

Née d’un père texan musicien, grand amateur de folk et de country, et d’une mère suisse, Émilie a grandi à Québec et a l’habitude des allers retours entre la capitale et Austin, au Texas. Transportant avec elle un impressionnant bagage d’influences musicales, elle nous a offert deux albums d’une grande maturité musicale et qui donnent, à mon grand désespoir, d’insoutenables envies de prendre la route.

Nous sommes à La Tulipe, la foule est peu nombreuse, mais bien là, attablée devant une bière. Le show commence, et Émilie entame sa prestation dans une ambiance intime, seule sur scène avec son guitariste, Joe Grass, qui a assuré la première partie de la soirée. Un autre amateur de folk, pour notre plus grand bonheur. Émilie profite de ce moment de complicité pour nous offrir, et s’offrir à eux, c’est évident, quelques morceaux empruntés, notamment No Love Today de Chris Smither, et une pièce de son père, le chansonnier texan Russel Clepper.

Émilie présente chacune de ses chansons, ou presque, avec des anecdotes qui ont de quoi donner des fourmis dans les jambes, et c’est peu dire. C’est ainsi qu’elle nous raconte comment elle a composé Freight Train, une chanson de son plus récent album What You See, tandis qu’elle attendait le Texas Eagle, un train qui a fini par arriver… avec pas moins de 7 heures de retard. Seule dans cette gare, dans une petite ville perdue en plein désert, elle n’avait d’autre façon de tuer le temps que de gratter sa guitare. Ou encore, comment son père l’amenait dans les bars, dès l’âge de 13 ans, pour voir des chansonniers dans une petite ville fantôme près de la frontière du Mexique, où elle a découvert tout ce qu’elle connaît et adore du folk, du country et du blues.

L’auteure-compositrice-interprète dédie plus tard une jolie chanson à tous les étudiants qui ont pris d’assaut les rues depuis quelques semaines, No Use in Trying. Time might take my youth / Night might take my day / But no one’s gonna tell me / There ain’t no use in tryin’. Comme une tape dans le dos qui fait du bien, ces temps-ci.

Si on se plaît évidemment à découvrir les artistes qui sont chers à Émilie, je dois tout de même dire que j’aurais pris volontiers davantage de chansons du premier album, en remplacement des nombreuses reprises auxquelles nous avons eu droit.

Au final, avec toutes ces histoires de train, de bars miteux, de chansonniers folk et de villes fantôme perdues dans le désert, il nous prend l’envie de suivre Émilie Clepper dans ses aventures texanes. N’importe quand. D’ici là, on se réjouit de l’avoir dans notre coin de pays pour un temps.

Pour se transporter ailleurs le temps d’une soirée, siroter un whisky et se faire croire qu’on est quelque part dans le désert texan et qu’on a toute la nuit devant nous, rendez-vous à la Maison de la Culture de Waterloo le 11 mai prochain, ou encore au Théâtre Petit Champlain, à Québec, le 12 mai. Faites-en un roadtrip, avec What You See et Things May Come en boucle, et vous aurez la totale côté ambiance Texas on the road.

– Annie Dumont