Entre la mer et l’eau douce de Michel Brault avec Claude Gauthier et Pauline Julien. Crédit: production

La mémoire est une faculté qui oublie, mais heureusement que certains s’unissent du côté cinématographique pour ne pas tomber dans ce piège. Fils du regroupement Éléphant : mémoire du cinéma québécois – qui s’investit depuis novembre 2008 à restaurer et numériser les films québécois – Éléphant ClassiQ: les films qui ont fait le cinéma voit le jour cette année en offrant, du 19 au 22 novembre prochain, 19 chefs-d’œuvre du cinéma francophone international, en plus d’expositions et de rencontres avec certains acteurs clés de l’industrie.

Le réalisateur de Félix et Meira, qui a été sélectionné pour représenter le Canada pour les Oscars, dans la section Meilleur film étranger, est le porte-parole de l’événement. Crédit: Pierre Dury

Le réalisateur de Félix et Meira, qui a été sélectionné pour représenter le Canada pour les Oscars dans la section Meilleur film étranger, est le porte-parole de l’événement. Crédit : Pierre Dury

Le tout sera présenté au Cinéma Impérial, à la Salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise, ainsi qu’à la salle Pierre-Bourgault du pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM. Maxime Giroux, réalisateur de Demain, Jo pour Jonathan et Félix et Meira, est le porte-parole de cette première édition qui s’annonce fortement jouissive.

Une grande fin de semaine festive attend les cinéphiles! Au menu? Les projections des versions restaurées de La Folie des grandeurs de Gérard Oury (1971) – en ouverture -, Entre la mer et l’eau douce de Michel Brault (1967) – en présence de l’équipe du film -, Le Grand Bleu de Luc Besson (1988), Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy (1963), Alphaville de Jean-Luc Godard (1965), Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda (1962), L’Odeur de la papaye verte de Tran Anh Hung (1992) – qui offrira sous peu son premier film en français réunissant Audrey Tautou, Bérénice Bejo et Mélanie Laurent, sous le titre Éternité – et pour finir la fête Marius d’Alexander Korda (1931), pour les amoureux de Marcel Pagnol.

Cinémathèques à l’unisson

Claude Jutra serait très fier de voir réunis, dans la salle portant son nom, les représentants des quatre grandes cinémathèques francophones du monde. En effet, Marcel Jean, directeur de notre cinémathèque, Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française – qui quittera ses fonctions le 31 décembre prochain, soit à la veille du 80e anniversaire de ce joyau de la mémoire du cinéma français -, Danielle Vidanovsky, directrice de la valorisation des collections de la Cinémathèque royale de Belgique, ainsi qu’un représentant à confirmer de la Cinémathèque suisse, s’uniront le 22 novembre à 15 h, afin de présenter quatre courts programmes d’œuvres restaurées ou en cours de restauration.

Une chance unique de voir plusieurs bijoux rares du cinéma, dont Gertie the Dinosaur de Winsor McCay (1914) et Cartoons on a Yacht de Raoul Barré (1915), Québécois pionnier de l’animation en Amérique du Nord. Le tout accompagné d’une trame sonore exclusive interprétée en direct par le pianiste en résidence de la Cinémathèque québécoise, l’extraordinaire Gabriel Thibaudeau, créant ainsi un très attendu ciné-concert.

Alice au pays du cinéma

La pionnière méconnue du cinéma, Alice Guy-Blaché, aura une place de choix durant les 4 jours d’Éléphant classiQ. Crédit: production

La pionnière méconnue du cinéma, Alice Guy-Blaché, aura une place de choix durant les 4 jours d’Éléphant classiQ. Crédit : production

Pionnière du cinéma, Alice Guy-Blaché est la première femme réalisatrice et productrice de l’histoire du cinéma. Née en France en 1873, elle est d’abord secrétaire de direction pour Léon Gaumont, inventeur, pionnier du cinéma français et fondateur des célèbres industries Gaumont. Elle tourne en 1896 son premier film intitulé La Fée aux choux. En 1910, installée aux États-Unis avec son mari, elle créé la Solax Film, qui deviendra l’une des plus importantes maisons de production, tout juste avant l’essor hollywoodien.

En 2011, Martin Scorsese lui rendait hommage et l’introduisait officiellement, à titre posthume 43 ans après son décès, à la Guilde des réalisateurs des États-Unis avec la mention suivante : « Alice Guy était une réalisatrice exceptionnelle, d’une sensibilité rare, au regard incroyablement poétique et à l’instinct formidable. Elle a écrit, dirigé et produit plus de mille films. Et pourtant, elle a été oubliée par l’industrie qu’elle a contribué à créer ».

En 1995, Marquise Lepage (Des Marelles et des petites filles, Ce qu’il ne faut pas dire) a réalisé l’excellent documentaire Le jardin oublié – La vie et l’œuvre d’Alice Guy-Blaché, qui sera présenté le 21 novembre à 14 h à la Salle Pierre-Bourgault. La projection principale sera précédée de l’Avenue de l’Opéra réalisé par Guy-Blaché (1900). Il sera également possible de voir plusieurs des courts métrages restaurés de la pionnière, avant certains longs métrages, tout au long des festivités.

Le cinéma à cœur

Impossible de passer sous silence les quatre rencontres, gratuites et accessibles à tous, qui sauront rallier les curieux et les experts, les 20 et 21 novembre. Restaurer, diffuser portera sur des enjeux financiers de la restauration des œuvres, avec la présence, entre autres, de Nicolas Seydoux, président de Gaumont. La table ronde Les images ressuscitées visera les différents aspects de la restauration cinématographique. La rencontre Femmes de cinéma vous invitera à échanger avec certaines artisanes de notre industrie, dont l’incomparable Micheline Lanctôt, la productrice Denise Robert (Les invasions barbares, De père en flic) et la directrice photo Sara Mishara (Roméo Onze, Tu dors Nicole, Félix et Meira). Finalement, Perrault et Brault, les frères siamois offrira la projection du documentaire Pierre Perreault, l’action parlée (1968), en présence de nul autre que son réalisateur, le critique, André S. Labarthe, l’un des créateurs des divers documentaires regroupés sous la collection Cinéastes de notre temps.

Tous les détails sur les projections et activités entourant la première édition d’Éléphant classiQ : les films qui ont fait le cinéma sont disponibles en visitant le site officiel de l’événement, en cliquant ici. La majorité des projections sont au tarif unique de 7$. Comment résister à cette invitation unique qui permettra de découvrir ou revoir de grandes œuvres cinématographiques à un prix dérisoire? Un rassemblement cinématographique important sur la mémoire, qui incite à tout prendre.

Bon cinéma !

– Julie Lampron