Kate Tempest, jeune Londonienne de 32 ans, a décidément tous les talents. Elle est poète, slammeuse, rappeuse, elle écrit aussi des pièces de théâtre. En 2016, elle a publié son premier roman, qui vient tout juste d’être édité par Rivages, Écoute la ville tomber. Si elle est connue avant tout pour sa verve et son talent pour jouer avec les mots, c’est avant tout à cause de son style in your face et de son discours dénonciateur.

Cette ville qui tombe, c’est Londres. Les quartiers défavorisés, les rues habitées par autant de fantômes que d’êtres humains que c’est parfois difficile d’en faire la différence. Dans ses rues et les bars qui les bordent, on croise trois jeunes trentenaires, Becky, Pete et Harry. Tous ont une vie, une façade et une histoire qu’ils préfèrent cacher. Harry travaille dans les ressources humaines, mais vend beaucoup de drogues. Becky est danseuse professionnelle, mais fait des massages pour réussir à vivre. Pete ne fait pas grand chose, poussé à l’inertie par des idéaux qu’il n’arrive pas à atteindre. Becky travaille aussi dans un café, et c’est là qu’elle rencontrera Pete, qui deviendra son amoureux.

Les trois sont sans aucun doute désillusionnés sur leur condition de jeunes adultes, ce qui n’est pas sans rappeler les thèmes chers à la production artistique de l’autrice, qui flirte sans cesse avec la jeunesse perdue, la solitude et les rêves abandonnés. Ce portrait assez noir laisse peu d’espace à l’espoir puisque chaque personnage « cherche cette étincelle qui donnera du sens à sa vie. Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur coeur plus fort. » Le bonheur est donc à venir, loin, semble inaccessible.

Le roman s’ouvre sur quelques pages magistrales. On se demande presque comment il sera possible de tenir sur quelques 400 pages ce souffle étonnant. Il laisse alors place à une prose honnête, vivante, malheureusement ternie par une traduction parfois maladroite. Tempest a pu parsemer ici et là des perles qui perdent leur lustre : « Dans ces maisons vivent des gens. Et dans ces gens vivent des maisons. La ville bâille, fait craquer ses phalanges. Regarde quelques pauvres âmes sombrer, par sa faute, dans la spirale de la folie : une fille fouille de ses mains glacées une benne dans laquelle elle cherche des canalisations en cuivre, une autre est chez elle, elle lit. » Il se passe quelque chose dans ces phrases, mais souvent le tout semble forcé.

Là où Tempest excelle, c’est décidément dans la construction des personnages. Elle les élabore en posant leurs bases et en expliquant pourquoi et comment ils sont devenu ce qu’ils sont. La contextualisation frôle parfois l’excès, mais c’est si intéressant d’en savoir autant qu’on se laisse facilement porter. On comprend chacun de leurs traits de personnalité, leur raison d’être.

Tempest pose un regard humain, empathique, sur la ville qui tombe, les personnages en chute libre, ceux déjà tombés. Écoute la ville tomber témoigne de l’authenticité de cette artiste à surveiller, à découvrir.

– Elizabeth Lord

Écoute la ville tomber, Kate Tempest, Rivages, 2018.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :