Crédit photo : Marc-André Dupaul

« Je pensais à lui, même quand il était à côté de moi » : c’est le genre de pensée que l’on compose quand on vient de se séparer et que la place de l’autre fait toujours partie de notre intimité. La pièce Eau courante présentée dans le cadre de la 7e édition de Zone Homa est un monologue sur le déni, du déni, c’est-à-dire un déni qui se décante tout au long de l’ovation. Sur la scène de la Maison de la culture Maisonneuve, le compositeur et guitariste Philippe Gatien, la violoniste Sarah-Judith Hinse-Paré et la violoncelliste Lou Dunand-Vincent accompagnent le texte de Florence Tétreault.

Avant sa rupture survenue à la station de métro Crémazie, elle n’avait pas ce genre de réflexion, elle vivait son amour sans le situer dans le temps et dans l’espace. Son monologue commence avec une énumération de tous les infimes détails qui brillent de l’émotion partagée lorsqu’on est en couple. Après ce tissage de reflets d’extase à la résonnance bien personnelle, elle élabore une métaphore.

« Couper les ponts » : c’est ce qu’il lui a dit devant le boulevard Métropolitain. L’image du lieu de rupture s’est stigmatisée dans son cœur brisé. Au son de la guitare, du violon, du violoncelle et du gong (!), elle raconte une épopée imaginaire où elle a littéralement coupé les ponts, de Jacques-Cartier aux gymnastes chinoises qui « faisaient le pont ». Le symbole de l’innocence qui se plie à tout est net. Avec cet instant d’horreur, la colère remonte à la surface. La force centrifuge de son parcours autour du globe jusqu’en Chine l’a libérée de son déni.

La mise en scène et la scénographie sobres mettent la parole en valeur. On comprend que la monologuiste fait son deuil de sa relation devant nous et on croit à la franchise de son texte. La musique ajoute au lyrisme en accentuant ce qui est invraisemblable et en adoucissant le propos général.

Il y a tout de même quelques effets d’éclairages, quelques déplacements et quelques gestes performatifs. La monologuiste joue avec ses cheveux par exemple. Elle les met devant son visage, les tire et les attache avant d’entreprendre sa quête de la coupe.

Dépoussiérée de la bibliothèque, la notion de déni du père de la psychanalyse Sigmund Freud prend un nouveau tournant lorsque Florence Tétreault l’exorcise de sa conscience. Plus qu’un terme de « psycho pop » post-rupture amoureuse, le quatuor nous fait réaliser son potentiel créatif.

Bref, très agréable à assister!

René-Maxime Parent

Eau courante par Les Insulaires était présentée le 21 juillet à la Maison de la culture Maisonneuve dans le cadre du festival Zone Homa. Pour la programmation complète, c’est ici.