Pour moi, la poésie a toujours été un temps d’arrêt. Une halte ou une chute suspendue, dépendant de l’écriture. J’avais l’âme qui tendait plus vers les chutes. Sauf que ça fait une éternité que je ne me suis pas retrouvée avec un recueil de poésie dans les mains. On recommence à peine à se ré-apprivoiser, la poésie et moi. Et le hasard a voulu que je renoue avec une parution des Éditions de l’Écrou, D’une main sauvage de Virginie Beauregard D. : définition d’une fausse tranquillité.

Les quatre parties du recueil s’enchainent dans une écriture fine qui pose des images presque insaisissables, mais captivantes. Je suis une lectrice d’images, plus que de sonorité en poésie. Je m’accroche à celles-ci comme à une bouée et parfois, j’aime quand elles écorchent. Les images D’une main sauvage sont amples, s’imposent à l’esprit, mais restent en retrait. C’est une danse.

La première partie, « Les épitaphes des dompteurs de fauves », est une aire ouverte sur la présence d’une animalité qui m’a fait l’effet d’une liberté frissonnante qui hésite sur le pas de la porte. Une présence qui se dessine à travers le lexique faunique et les dessins de la poète représentant des « bêtes sauvages ». Le passage qui m’est resté en tête : « mes ailes piquent/comme si je les avais laissées l’hiver/coincées entre les retors de l’horizon », est un début qui pose les bases d’une lecture dualiste : le lecteur a une conscience aiguë de l’opposition entre l’extériorité et l’intériorité ; entre la nature et le foyer urbain. On relève ce désir qui traverse le recueil de vouloir sortir de [soi].

Les trois autres parties alternent entre remous et accalmies. Des images se confrontent entre mélancolie douce et dureté suggérée. « Dans le trou des étoiles » participe à ce remous par une tendance au « vacarme », au « désordre ». C’est une partie agitée. Dans « L’envergure et la beauté du geste », on retourne vers le calme et vers un ton plus volatil.

Mes passages préférés se retrouvent tous dans « Lentes secondes » ; peut-être parce que la force des mots étaient moins atténuée, plus vive. Un aperçu de ces chutes que j’aime tant : « je regarde le monde/ se transformer en lac/ de sueur héréditaire/ tandis que des étourneaux/s’écrasent/sur le ciel de marbre ».

C’est une poète que je découvre avec un réel plaisir, cependant. Son monde est invitant et chaleureux. J’aime ses courts fragments qui se lisent au rythme du souffle. D’ailleurs, elle s’est prêtée au jeu du fameux Questionnaire astrolittéraire des Méconnus et ses réponses me convainquent que c’est une plume à suivre.

Rose Carine H.

D’une main sauvage, Virginie Beauregard D., Éditions de l’Écrou, 2014.