Pour une rentrée automnale en puissance, l’Agora de la danse présente le spectacle à grand déploiement Duels, co-créé par Hélène Blackburn et Pierre Lecours du collectif Cas Public.

Cette « messe jubilatoire » réunit 18 danseurs, en plus du musicien Alexandre Désilets, et des comédiens Marc-André Poliquin et Sylvie Moreau. Au programme : danse, jeu, performance, vidéos et trame sonore… rien de moins! Difficile donc de s’ennuyer pendant la représentation, même si on ressent par moments l’envie d’une accalmie…

 

 

Les contraires s’attirent / se déchirent

Comme le titre l’indique, la pièce est constituée de duels (21, en tout), où les danseurs se rencontrent, s’affrontent, se prennent, se laissent tomber, se rattrapent, s’évitent, se touchent, s’embrassent, se claquent, s’aiment et se séparent.

L’excellente chanson Plus qu’il en faut d’Alexandre Désilets donne les premières notes à Duels. Puis, les danseurs se placent sur un long banc au fond de la scène, comme s’ils incarnaient aussi des spectateurs. Devant eux danse un couple, remplacé par un autre, et un autre. Plus tard, la configuration de la scène change, puis se forment d’autres duos, ainsi que des trios et même des groupes de quatre ou cinq danseurs. Des vidéos abstraites projetées par intermittence viennent compléter le tout!

Selon leurs dires, les chorégraphes souhaitent mettre en scène des personnages antithétiques pour représenter des rencontres improbables. Le concept reste toutefois plus clair sur le papier que sur la scène. Si le couple formé par une jeune fille et un vieil homme, ainsi que celui d’un professeur de danse avec son élève, peuvent surprendre, la majorité des autres semblent plutôt classiques. La plupart des scènes sont constituées par un homme et une femme qui vivent un amour passionnel et destructeur. Les premières d’entre elles étonnent par leur originalité, tandis que les autres deviennent quelque peu redondantes.

 

 

« Un exercice de style »

Pour Hélène Blackburn, Duels constitue un « exercice de style puisque le même thème est traité 21 fois ». Certains numéros sont hallucinants de créativité et d’énergie, en particulier celui où deux femmes s’affrontent en sous-vêtements comme si elles se trouvaient dans un ring de boxe. Leurs mouvements rappellent la lutte bien sûr, mais aussi des corps électrocutés. Autour d’elles, les spectateurs/danseurs gesticulent et les encouragent. D’autres tableaux tombent plutôt à plat, et on a hâte de passer au suivant. Au moins, les numéros ne durent qu’entre deux et cinq minutes.

La dualité est exprimée autant par les chorégraphies que par le mélange des formes d’art. Ainsi, la musique pop du groupe The Do ou le soft rock de Gang Bang est superposé à des chorégraphies intenses, voire violentes. Les vidéos projetées derrière ajoutent également à cette confrontation des genres. Ce concept donne autant lieu à des scènes grandioses qu’à des numéros surchargés.

Les exercices de style en art donnent parfois de grandes œuvres, mais le plus souvent des créations d’une qualité inégale. Certes, Duels présente un côté brouillon, avec des débordements et des lacunes. L’ensemble parvient toutefois à gagner le cœur du public (ovation debout et commentaires enthousiastes à l’appui).

À l’Agora de la danse du 12 au 14 septembre, et du 19 au 22 septembre.

– Edith Paré-Roy