Internet aura permis une démocratisation des différents moyens de création et de diffusion audio-visuelle ; une caméra, une connexion qui se vaut ainsi qu’un peu de temps libre en trop, puis voilà, t’es sur le Net. Si tu as assez de chance – ou de malchance – ton vidéo devient viral et du jour au lendemain, tu connais la célébrité. Inversement, si ton contenu n’arrive pas à capter l’attention des internautes, tu seras de ceux qui flottent dans les 100-200 vues et qui sont destinés à une existence qui se résume à des rencontres aléatoires, des visites par erreur ou tout simplement à un cercle très fermé de spectateurs composé par tes amis et parents. Voilà l’esprit du web.

Sortir de chez soi à l’heure du download et du streaming semble être de l’ordre de l’impossible. Avoir une connexion à Internet, c’est soit être le détenteur d’une source infinie d’information et de divertissement ou avoir entre les mains une boîte de pandore qui nous vampirisera jusqu’à nous rendre des procrastinateurs professionnels. Quel que soit le camp dans lequel on se trouve, il n’y a pas à dire, quelques clics puis on se trouve à mille lieues d’où l’on avait débuté. C’est dans ce cadre particulier que je souhaite partager avec vous, en quelques articles, des rencontres accidentelles avec des cinéastes expérimentaux qui rendent leur contenu disponible exclusivement – ou presque – sur la toile de manière gratuite et légale.

Adam Cooley : pape de la vidéo expérimentale sur le net

Quand on parle de cinéma expérimental sur internet, le nom de Adam Cooley est inévitable. Sans aucun doute, on parle ici du pape du genre. Il n’est certainement pas le plus grand ni le plus connu – loin de là, très loin de là – mais sa démarche va de pair avec l’esprit du web décrit plus haut. Le type est un jeune américain de 26 ans qui habite à Columbus, en Indiana. Il fait ses films littéralement sans aucun budget, en empruntant, ici et là, des caméras et des tables de montage. Collage maladroit, usage abusif d’effets et des dessins faits sur MSPaint, l’œuvre de Cooley est aussi déstabilisante que captivante.

Alliant sa propre vie à des personnages animés ou surréalistes – la plupart joués par lui – ses films ont avant tout des objets trash, narcissiques etinsupportables qui ne laissent pas indifférent. Des titres comme No reason to exist ou ME, MYSELF, AND MY THIRD EYE donnent déjà un avant goût de ce qu’Adam Cooley a à offrir. Ses thèmes vont de la drogue à la mort, tout en passant par la masturbation et l’acte de création ; le repliement sur soi vécu par le créateur est un thème central dans CURRENTLY UNTITLED (”I make movies that no one will see”, s’amuse-t-il à répéter).

Autodidacte, il affiche fièrement sur son site officiel que son mode de travail consiste à produire beaucoup et rapidement, sans même retoucher au montage. Il faut l’avouer, il est difficile d’y trouver des qualités techniques ou d’innovations en regardant superficiellement ses créations. Toutefois, si on se prête au jeu, on aura un accès privilégié à une collection plutôt importante de courts et moyens-métrages qui constituent une belle mosaïque de ce que la culture du web est devenue en quelques années.

– Alvaro Savagno

Bande-annonce de CURRENTLY UNTITLED : 

Youtube de Cooley : http://www.youtube.com/user/mradamcooley

Vimeo de Cooley : https://vimeo.com/adamcooley

Site Officiel de Adam Cooley http://directoradamcooley.angelfire.com/