Du 5 au 9 septembre se déroulait au théâtre de Quat’sous la quatrième édition de Dramaturgies en dialogue, un festival de lecture théâtrale chapeauté par le Centre des auteurs dramatique (CEAD). Offrant la chance à de jeunes dramaturges du Québec de présenter leurs dernières œuvres (cela couvre aussi le travail de jeunes auteurs ayant attaqués la tâche ardue de traduire une pièce sans en distiller l’essence), le festival est une excellente passerelle pour voir ce qui nous attends au théâtre au cours des prochaines saisons. Il est pas rare en effet de voir des pièces découvertes à ce festival se retrouver sur les planches par la suite. J’avais par exemple assisté à la lecture de Billy (les jours de hurlement) de Flabien Cloutier lors de l’édition 2011, pour redécouvrir l’œuvre à la Licorne plusieurs mois plus tard.

L’excise de lecture publique est ici un des points les plus intéressants; sans omette un travail indéniable sur la voix et les expressions des acteurs, l’absence de mise en scène élaborée, de costumes, de décors et de flaflas nous permet de nous concentrer exclusivement sur la portée du texte, sur son impact réel, sur toutes ses subtilités et nuances. Il est aussi fort pertinent, à la lumière de plusieurs textes entendus durant le festival, de s’interroger sur l’évolution de la perception de la théâtralité chez les jeunes auteurs d’ici et d’ailleurs. Je pense ici entre autres à la narrativité fort poétique, quasi littéraire, de la pièce Das Ding de Philipp Löhle ou à l’ambiance cinématographique de l’excellent Peroxyde de Simon Boulerice qui, parmi tant d’autres, m’ont souvent fait me demander : « Mais comment vont-ils adapter ce texte pour le théâtre ? ». Il était marquant de constater comment, peu à peu, le théâtre actuel s’éloigne du carcan des conventions dramaturgiques établies.

Le pays invité cette année étant l’Allemagne, nous avons eu droit à plusieurs pièces germaniques traduites, abordant ainsi toute la question de la traduction et de son pervertissement possible sur une œuvre. Les rencontres de fin de soirées, avec les auteurs et traducteurs (lorsqu’il y avait lieu), étaient d’ailleurs fort passionnantes, nous permettant de porter une autre vision sur notre opinion déjà établie. La lecture publique est une classe à part, et certaines pièces trouveront leur apogée sur les planches, tandis que certaines n’auront jamais autant d’impact qu’à être lues. Cela dit, Dramaturgies en dialogue est nécessaire ; pour entendre nos jeunes dramaturges, pour encourager la relève, pour se poser des questions nécessaires sur l’évolution du théâtre, mais surtout pour entendre d’excellents textes.

– Marie-Paul Ayotte (Emmpii)