Crédit photo : Lot Doms

Créée par le collectif théâtral Hof van Eden, la pièce Là où le monde va, c’est là que nous allons faisait l’objet d’une lecture publique unique dans le cadre de la présente édition de Dramaturgies en dialogue. C’est la première fois que la pièce flamande est reprise dans une autre langue.

Les sœurs Ans et Louise Van den Eede, fondatrices du collectif, se sont inspirées de la structure de Jacques le fataliste pour ne surtout pas nous raconter d’histoires. D’ailleurs, les personnages – elle et lui, des écrivains – ont prévu de nous raconter l’œuvre de Denis Diderot sans jamais pouvoir réellement le faire tel Jacques qui n’arrive jamais à raconter son histoire d’amour. Ils dérivent dans leur fiction personnelle démêlant mal le vrai du faux.

S’avouant d’emblée perdus, ils continuent de l’être en entraînant les spectateurs avec eux dans ce conte philosophique qui met en scène les mots, surtout ceux qu’on ne dit pas. « Quand nous avons lu le roman, nous avons été frappées par cette dimension ludique, de jeux avec les mots, mais aussi les jeux de métafiction, les adresses au lecteur et les digressions », a expliqué Ans Van den Eden dans la causerie qui a suivi la représentation.

Dans leur processus d’écriture, elles avouent s’être aussi perdues dans les nombreux morceaux qu’elles ont tenté d’assembler. Elles ne voulaient pas refaire Jacques le fataliste, mais plutôt écrire comme Diderot : adopter les mêmes dispositifs narratifs, ce qui leur a permis de travailler la liberté dans la fiction et la relation sous-jacente des personnages.

« Lorsqu’on a commencé à écrire, nous ne sommes pas parties de thèmes, mais de questions. En particulier celle-ci, voulons-nous des histoires qui sont vraies ou des histoires qui sont belles ? » a dévoilé Ans.

L’histoire, s’il y en a une, est plus triste que belle. Elle révèle cette fragilité d’humains qui ont du mal à se connecter, se cachant dans un trop plein de discours avec en même temps, la difficulté de nommer les choses. Les personnages refusent de raconter leur histoire de peur de la gâcher. Mais l’absence de la parole reste un handicap et décrit bien le vide dans certaines relations humaines.

La pièce fait partie des trois textes flamands mis à l’honneur cette année, le festival ayant pour tradition depuis huit ans de faire découvrir la dramaturgie d’ailleurs. Traduite par Guillaume Corbeil et Marine Van Hoof, elle a pris vie dans le jeu de Sophie Cadieux et d’Adrien Bletton. Les deux comédiens ont su mettre les intentions au bon endroit tout en gardant une liberté dans l’interprétation, car les sœurs Van den Eden ont admis n’avoir donné aucune indication scénique. On a pu ainsi entrevoir ce que la pièce aurait pu être si elle avait été mise en scène avec tous les éléments qui la constituent.

Rose Carine Henriquez

Là où le monde va, c’est là que nous allons a été présentée dans le cadre de Dramaturgies en dialogue le 27 août dernier au Théâtre d’aujourd’hui.