L’événement Dramaturgies en dialogue bat son plein et présente nombre de lectures de pièces de théâtre vraiment tentantes. En parcourant la programmation, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne pouvais manquer La Maison sucrée de Simon Boulerice. Très prolifique, l’auteur écrit principalement pour le théâtre (Martine à la plage, Peroxyde, Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella), mais excelle aussi dans le genre romanesque (Javotte, Jeanne Moreau a le sourire à l’envers, Hors champ) et dans la poésie (Nancy croit qu’on lui prépare une fête, La sueur des airs climatisés).

C’est donc avec plusieurs autres spectateurs que je me suis assise dans la salle du Théâtre d’Aujourd’hui, bien impatiente de découvrir cette pièce inédite de Boulerice. Avec La Maison sucrée, l’auteur aborde le thème de la famille. Chez les Vadeboncoeur, une famille unie, une grave inondation a causé une infestation de mérules pleureuses. Champignon qui détruit les fondations des maisons qu’il attaque, il a aussi d’autres caractéristiques que les membres de la famille vont bientôt découvrir…

Réunis une dernière fois pour rendre hommage à cette maison qui a été construite par un ancêtre il y a de nombreuses générations, mais qu’ils doivent maintenant brûler pour des questions sanitaires, les membres de la famille vivent (et tentent même de fêter) les dernières heures dans leur demeure chérie. À travers les «célébrations», chacun devra affronter ses souvenirs, mais aussi laisser tomber le masque de perfection qui est montré au début de la pièce.

La mère Murielle (blasée par la vie et détruite par les derniers événements), le père Robert (pragmatique et raisonnable), la fille de seize ans Greta (aux sentiments mitigés face à la situation), le fils de douze ans Hans (obsédé par les lettres qu’il écrit à l’Africain de seize ans qu’il parraine grâce à Vision Mondiale) et la grand-mère (qui se prépare à participer à un concours de beauté) semblent s’ouvrir les uns aux autres pour la toute première fois. Loin des hypocrisies faciles, les membres de la famille apprendront à s’exprimer de manière parfois dure, mais vraie. Surtout, les Vadeboncoeur vont réussir à avoir un fun noir ensemble lors d’une soirée «unique et exceptionnelle», selon les mots du père.

Si le texte n’est pas toujours arrivé à faire rire aux éclats comme ça semblait être le but, il est parvenu à toucher sincèrement les spectateurs. Avec La Maison sucrée, Simon Boulerice vient poser une pierre de plus à son œuvre déjà impressionnante. Une pièce sensible, émouvante, que j’espère retrouver bientôt sur les planches.

– Mélissa Pelletier

La Maison sucrée de Simon Boulerice, avec Yannick Chapdelaine, Kim Despatis, Vincent Graton, Isabelle Miquelon, Maxime Momperousse et Louise Turcot. Dramaturgies en dialogue se poursuit jusqu’au 29 août au Théâtre d’Aujourd’hui. Pour la programmation, c’est ici.