Prolifique comme jamais, Jean-Christophe Réhel se dissémine sur plusieurs espaces littéraires, de la poésie au roman à la poésie (trois titres en un an, quand même!). Mais qu’en est-il de ces mots d’urgence que nous livre l’auteur en détresse?

Plus de douleur que de bonheur

Comme j’en parlais dans une critique de son précédent recueil de poésie, La fatigue des fruits, « on y aborde une sorte de désolation latente ». Toujours dans une douleur immuable et inconnue au lecteur, Réhel partage son quotidien et ses éternelles questions sans réponses. Cette fois-ci le sujet poétique a une blonde, personnage qui semble le sauver de la noyade in extremis un peu à tous les jours, un peu à chaque poème. Dans le récit de La douleur du verre d’eau, il y a un fil et une posture qui se raffinent, quelque chose comme La fatigue des fruits mûri. On sent moins l’envie d’échapper au texte, d’échapper le texte ; la confrontation et la narration ne mènent qu’au cœur du sujet, de la détresse, de la contemplation. Sans quitter le pattern de la plainte, on explore la douleur d’un autre œil, plus doux, plus facile à apprécier.

Pourtant, plusieurs répétitions et anaphores contribuent à une certaine redondance dans la forme des poèmes. Par exemple, les mêmes mots répétés sur un poème de deux ou trois pages à l’occasion ne posent pas de questions. C’est revoir ce même procédé définir une grande partie des poèmes qui rend la lecture plus convenue, moins surprenante. Heureusement, certaines images poétiques viennent balayer cette observation : « J’ai une île sur chaque œil et un naufrage entre chaque doigt ».

Tous les « je » du sujet poétique redonne la poésie au narrateur d’une fiction, facilite l’identification, rassemble les idées de cette entité déclamatoire pour offrir le meilleur de son observation. C’est sans surprise que ce « je » peut être tout le monde : « je n’ai jamais essayé / de bien manger / de faire du sport / de faire l’amour souvent / d’être un bon chum ».

La quantité d’ouvrages qu’offre l’auteur permet d’établir un univers précis dans lequel il se développe rapidement, marquant l’imaginaire des lecteurs de sa vision délabrée du monde. Doux-amer, Réhel reste accessible à tous.

– Victor Bégin

La douleur du verre d’eau, Jean-Christophe Réhel, L’Écrou, 2018.

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