Quand je suis démoralisée par mon petit malheur embourgeoisé, je m’ordonne toujours de relativiser et de penser à tous ceux qui n’ont pas la santé; ont perdu leurs proches; sont en pleine guerre civile ou prisonniers politiques, bref la liste des afflictions pires que les miennes est longue.

Ayant voyagé un peu partout dans le monde, réalisant des documentaires à caractère sociologique depuis des années, Jason Da Silva a été en contact direct avec le «ça pourrait être pire». Peut-être est-ce pour cette raison qu’apprenant qu’il est atteint de scléroses multiples (maladie dégénérative dont les médecins n’ont pas encore trouvé le plan d’attaque et n’ont donc pas réussi à la contrer), il décide de faire un documentaire sur l’évolution de sa maladie plutôt que de se laisser abattre.

S’étirant sur cinq ans, When I walk est un documentaire à plusieurs phases, à l’image de la maladie dont il est atteint. Entre les rencontres chez des spécialistes, les visites à ses proches et la tentative de poursuivre un quotidien le plus normalement possible, le spectateur, tantôt témoin, tantôt confident, suit Jason dans les diverses étapes de sa maladie et de la réalisation de son film.

Alors que plusieurs seraient dévastés, Jason prend les choses comme elles viennent et fait preuve d’une pêche d’enfer, blaguant et rendant constructif son état. Le premier coup dur, sera, vous l’aurez deviné, lorsqu’il perdra définitivement l’usage de ses jambes et sera confiné à un fauteuil roulant et toutes les restrictions qu’il implique.

En parallèle avec sa perte d’autonomie corporelle, se fait sentir celle de son projet.  À la fois sujet et tête pensante du documentaire, Jason perd graduellement le contrôle et doit compter sur ses proches pour assurer les prises de vues et, éventuellement, le montage. Les plans subjectifs, très présents au début du film deviennent de plus en plus rares, les «selfies» auxquels Jason se livrait plus intimement sont de moins en moins centrés et laisseront place à un nouveau «personnage» Alice, une jeune femme pétillante et qui lui est totalement dévouée.

Cette «intrusion» est intéressante, tout d’abord, parce qu’elle donne espoir et rend si heureux le cinéaste, mais aussi car elle permet de continuer le film – que Jason n’aurait pu finir seul ayant perdu l’usage de ses mains et sa vue s’étant nettement détériorée – tout en conservant le côté intimiste du film.

Avec une attitude comme celle de Jason, les combats évoluent et mènent à des démarches constructives et inspirantes, qui vous crie de prendre conscience de tout le bonheur qui réside dans la simplicité des choses, de les apprécier et d’en profiter au maximum. À l’antipode de l’apitoiement, When I walk vous bouscule et vous remet les idées en place à la fois.

When I walk sera présenté ce jeudi 30 janvier à l’Excentris dans le cadre des Docvilles. À ne pas manquer!

Vickie Lemelin-Goulet

http://cinemaexcentris.com/When-I-Walk