Voici enfin notre sélection de livres de l’année. Nous avons travaillé fort à vous fournir une liste de coups de cœur, oui, mais aussi de découvertes. En voici donc des incontournables, sans classification officielle, juste à temps pour Noël :

L’ANNÉE LA PLUS LONGUE de Daniel Grenier − Le Quartanier

grenier_2015_couv-642x1024Impossible de passer à côté de l’excellent roman de Daniel Grenier dans cette rétrospective de l’année. Cette épopée qui nous transporte des États-Unis à la Gaspésie, en passant par les Appalaches, nous fait suivre la trace d’Aimé, un homme qui ne vieillit qu’une fois aux trois ans. Légende? Histoire inventée? Son propre descendant, Albert, tente de trouver la vérité sur cet homme énigmatique, ce qui aura pour effet de miner la relation qu’il a avec son fils. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le premier roman de Daniel Grenier est une réussite pour son universalité et la grande audace dont il use pour arriver à raconter une histoire extraordinaire et captivante.

Elizabeth Lord

La critique d’Elizabeth

PANIK de Geneviève Drolet – Tête Première

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Dorothée, une adolescente qui croit partir pour le sud avec son père, se retrouve à Igloolik au Nunavut, forcée de cohabiter avec Mike, qu’elle surnomme le Yéti. Dorothée tue le temps en mangeant des Pop-Tarts, elle apprend à parler l’inuktitut, discute avec Barbie Nuun, alias Barbie Noun et passe près d’attraper la rage en « essayant de pimper son manteau d’hiver » avec un renard mort. Un style et un langage crus comme « les morsures de froid » et la cuisine du Grand Nord. Une aventure polaire carrément trash, drôle, intrigante et rafraîchissante. On s’attache « big time » au personnage. Geneviève Drolet signe, avec ce quatrième roman, une œuvre majeure.

Julien Fortin

La critique de Chloé

PAUVRE PETITS CHAGRINS de Miriam Toews – Les éditions du Boréal

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Miriam Toews, écrivaine canadienne, proposait en février un merveilleux hommage aux liens fraternels. Elfrieda, pianiste virtuose, incapable de vivre, et Yolandi, écrivaine de livres pour enfants, mère et amante maladroite: deux soeurs qui s’accrochent l’une à l’autre, en espérant qu’aucune des deux ne lâchera. La prose de Toews nous berce et nous transporte entre le passé et le lit d’hôpital d’Elfrieda après une tentative de suicide, entre les souvenirs d’enfance et les bouteilles de vin débouchées sur le balcon après une journée trop longue à tenter de la convaincre que la vie vaut la peine d’être vécue. Le caractère autobiographique du roman lui confère une profondeur et une naïve beauté qui font de ce roman un incontournable de 2015.

Elizabeth Lord

La critique de Chloé

TABLOÏD de Mathieu K. Blais − Le Quartanier

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Mathieu K. Blais nous offre un premier recueil de poésie poignant avec Tabloïd, paru aux éditions Le Quartanier. À travers son esthétique impeccable, il est possible de retrouver l’inquiétante familiarité du quotidien. Le sujet poétique est las de cette familiarité qui l’oblige à se réveiller « chaque matin » avec les petites et les grandes violences, avec les armes qui veillent les métaphores, avec la poussière qui s’érige en royaume. C’est dans un mouvement cyclique, assommant, qu’il traverse les jours, les mois, les saisons. Il est englouti par un dehors qui menace et un dedans qui périt, condamné ainsi à un châtiment perpétuel : celui de vivre.

Vanessa Courville

La critique de Vanessa

LA FEMME QUI FUIT d’Anaïs Barbeau-Lavalette − Les Éditions Marchand de feuilles

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Anaïs Barbeau-Lavalette a su toucher beaucoup de gens avec ce roman portant sur sa grand-mère Suzanne Meloche. Celle-ci a abandonné sa famille pour poursuivre ses aspirations artistiques, rêve qui ne s’est malheureusement jamais concrétisé. Elle laissa derrière elle deux enfants, la mère d’Anaïs, Manon, ainsi que son frère François, deux enfants blessés qui tenteront toute leur vie de panser les blessures de cet abandon. Barbeau-Lavalette nous offre un roman bouleversant, sous une plume tendre, remplie de compassion, mais surtout d’amour. C’est le Québec des années 50, la condition des femmes-artistes aussi qui nous sont racontés.

Elizabeth Lord

La critique d’Elizabeth

BALISTIQUE (BALLISTIKS) de D.W. Wilson – Éditions de l’Olivier

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Le premier roman du jeune auteur canadien D.W. Wilson, Balistique (paru en français cette année), est la saga familiale d’Alan West, qui, après une visite au chevet de son grand-père moribond, traverse les terres forestières en feu de la Colombie Britannique à la recherche de son père qu’il n’a jamais connu, Jack. Un road trip qu’il fait en compagnie d’Archer Cole, émigrant des États-Unis ayant fui la guerre du Vietnam il y a belle lurette. Dans ce roman qui fait partie du courant littéraire « nature writing », le paysage, les Rocheuses, est le reflet du passé avec lequel les personnages doivent composer. Balistique est un suspense familial enflammé; la plume frénétique du jeune auteur nous fait penser à celle de David Vann, de Jim Harrisson, mais aussi à celle de l’auteur canadien Trevor Ferguson.

Julien Fortin

La critique de Julien

À LA RECHERCHE DE NEW BABYLON de Dominique Scali – La Peuplade

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Avec À la recherche de New Babylon, Dominique Scali s’est aisément hissée au rang des auteurs à suivre, et son livre se place parmi les incontournables de l’année. Ce feuilleton aux accents de western existentialiste se lit tout d’une traite et c’est avec un immense plaisir que l’on suit les tribulations rocambolesques de Russian Bill, le hors-la-loi russophile, de Pearl Guthrie, l’éternelle vieille fille, de Charles Teasdale, le pyromane au destin aussi incroyable que funeste, et du mystérieux Révérend Aaron.

L’écriture y est juste et belle, solide et précise. Un roman à lire, indiscutablement, et à vive allure.

Charles Quimper

La critique d’Elizabeth 

L’entretien de Charles avec Dominique Scali

LE REGARD EST UNE LONGUE MONTÉE de Geneviève Boudreau − Éditions de l’Hexagone

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Avec son recueil Le regard est une longue montée, Geneviève Boudreau, poète originaire des Îles-de-la-Madeleine habitant aujourd’hui à Québec, évoque un lieu nordique, Unaman-Shipu (la Romaine), village innu de la Basse-Côte-Nord où elle est partie enseigner le français à des jeunes de l’école Olamen pendant un mois. Son recueil est le récit de son dépaysement en son propre pays, un album d’instantanés, un regard porté au quotidien sur un monde nouveau, mais ancestral, une « longue montée » vers les autres, la communauté. Geneviève Boudreau a gagné le Prix du premier recueil 2013 de la Fondation Antoine et Marie-Hélène Labbé pour son recueil Acquiescer au désordre. Une poète à surveiller!

Julien Fortin

La critique d’Élizabeth Bigras-Ouimet

BLANC DEHORS de Martine Delvaux − Héliotrope

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Martine Delvaux tente, dans Blanc Dehors, de retracer le parcours de sa vie en regard de l’absence de son père. Elle pose les yeux sur son passé, tout comme sur son présent, pour tenter d’expliquer les impacts de cette absence sur la personne qu’elle est maintenant devenue. Le doute teinte la narration qui se construit au fur et à mesure de l’écriture dans une sorte de mise en abyme contrôlée. La manière qu’a Delvaux d’aborder ce sujet délicat, avec une touche empreinte de compassion, d’indulgence et de douceur, fait de ce récit un ouvrage à réflexion d’une force inouïe.

Elizabeth Lord

Les critiques d’Elizabeth et Edith Paré-Roy

LA NAGEUSE AU MILIEU DU LAC de Patrick Nicol − Le Quartanier

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Le récit de La nageuse au milieu du lac en est un de compassion, de fragilité, d’une extrême beauté. Un professeur de cégep accompagne sa mère dans la vieillesse, dans la maladie d’Alzheimer, dans la vie quotidienne qui n’est souvent, et malheureusement, qu’un flou pour elle. On suit ses réflexions sur la maladie, le temps qui passe, la vieillesse, et immanquablement, la mort. C’est le regard d’un fils aimant qui ne tombe jamais dans les lamentations, mais reste plutôt lucide par rapport à la tristesse de la situation. Cette histoire de relation mère-fils touche le lecteur qui s’en souvient longtemps après la lecture.

Elizabeth Lord

La critique de Vanessa