Beyries / Photo : Fany Ducharme

Déjà le printemps? L’hiver a semblé plutôt bref cette année, et si Dame Nature a peut-être encore quelques mauvaises surprises pour nous d’ici l’arrivée officielle des températures chaudes, on a eu droit à quelques belles sorties musicales durant les premiers mois froids de 2017. En voici dix que vous devriez avoir écouté avant qu’il soit déjà temps de penser aux chansons estivales (qui viendront vite, on le souhaite).

1. Luc Cousineau, Salut la vie! – 13 janvier

Commençons avec une mention au défunt Luc Cousineau, qui lançait en janvier un mini-album intitulé Salut la vie!. Enregistré en formule guitare-voix en 2010, ce n’est que récemment que l’on a retrouvé les démos et qu’on y a ajouté les arrangements finaux, avec l’aide de Michel Francoeur : cela donne un testament musical de cinq chansons, tout en simplicité, qui résume une cinquantaine d’années de carrière. Plutôt pop et assez loin du registre qui intéresse Les Méconnus, il faut accorder au EP qu’il a une beauté brute, particulièrement dans « Le temps d’aimer », qui ne laissera personne indifférent. Luc Cousineau a rendu l’âme le 6 mars dernier. (Olivier Dénommée)

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2. Harfang, Laugh Away the Sun – 20 janvier

Une belle dualité compose le groupe de Québec Harfang : d’un côté, on a une musique indie-folk aérienne, et de l’autre, des touches d’électro qui occupent merveilleusement l’espace. L’ensemble met particulièrement en valeur la voix éthérée (mais juste un peu trop modifiée par moments) du chanteur Samuel Wagner et montre une belle évolution pour le groupe depuis son EP Flood en 2015. Laugh Away the Sun est le genre d’album qui gagne en saveur à chaque écoute. (Olivier Dénommée)

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3. Ludovic Alarie, L’appartement – 27 janvier

Impressionnant cet Alarie! Avec son deuxième opus L’appartement, l’auteur offre carrément un univers de pop douce, qui flirte joliment avec le folk. De la pièce-titre méditative à la plus intense « Chanson pour Suzanne », en passant par les excellentes « Voyageurs », « Sang-froid », « Berceuse » et surtout « Comme un rêve » – qui risque de vous donner un orgasme musical –, Ludovic Alarie a un don assez fou pour la mélodie, rehaussé par la jolie voix d’Adèle Trottier-Rivard. Ça s’écoute d’une traite, comme un tout indissociable. Impossible de ne pas faire notre mea culpa : on ne passera plus jamais à côté d’un talent pareil. (Mélissa Pelletier)

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4. Talisco, Capitol Vision – 27 janvier

Jérôme Amandi, alias Talisco, verse dans une musique pop-rock inspirée de son dernier long périple dans les États-Unis. Le Français a lancé en janvier un deuxième album chargé, inspiré et très accrocheur, avec des chansons comme « Thousand Suns » ou « Monsters and Black Stones » qui resteront en tête après quelques écoutes seulement. Capitol Vision est un album ensoleillé qui sera parfait pour vous guider jusqu’à la saison chaude : à essayer! (Olivier Dénommée)

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5. MUNA, About U – 3 février

Fondé en 2013, le trio électropop MUNA gagne en notoriété sur la scène queer, pour ses textes intelligents sur des mélodies contagieuses, rien de moins. Comparable musicalement à Tegan & Sara, le groupe dirigé par Katie Gavin frappe fort avec un premier long jeu inspiré, particulièrement avec des vers d’oreille comme « I Know a Place » et surtout « Winterbreak ». C’est une musique forte qui s’adresse à tout le monde, sans exception : on aime penser que c’est dans ce genre de direction que devrait la musique pop dans les prochaines années. (Olivier Dénommée)

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6. Peter Peter, Noir Éden – 3 février

Peut-être en raison des critiques dithyrambiques qu’il a reçues de la presse française, le plus récent album de Peter Peter est sans contredit un incontournable de ce premier trimestre de 2017. On comprend vite l’emballement de nos cousins; poussant encore plus loin l’expérience électronique entamée avec Une version améliorée de la tristesse, Noir Éden aurait pu être considéré comme l’un des meilleurs albums de la pop française des années 80 s’il était sorti pendant les belles années de Stéphanie de Monaco. Mélodies accrocheuses, rythmes électroniques entraînants, claviers mélancoliques, refrains en anglais : tous les ingrédients de la recette y sont. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ça sent le réchauffé. La qualité de la production sonore, les textures contrapuntiques audacieuses et exceptionnellement bien liées de même que l’ambiance délicieusement nocturne et urbaine rehaussent le tout d’une saveur contemporaine dont on se délecte. (Guillaume Francoeur)

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7. Beyries, Landing – 24 février

La musique d’Amélie Beyries a quelque chose de désarmant de sensibilité. Tantôt à la guitare, tantôt au piano, sa musique plutôt minimaliste laisse toute la place à ses douces mélodies. C’est simple, c’est efficace, c’est sincère, et il y a même une chanson en français en duo avec Louis-Jean Cormier, « J’aurai cent ans ». C’est tellement beau qu’on se désole que l’artiste n’ait pas fait le saut plus tôt. Ce n’est pas un album particulièrement chaleureux, alors profitez-en pour l’écouter avant qu’il fasse trop beau! (Olivier Dénommée)

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8. Thundercat, Drunk – 24 février

Dans un monde où on a parfois l’impression que tout a déjà été fait et que plus rien de nouveau ne parvient à nous surprendre, Stephen Bruner, alias Thundercat, arrive comme un ouragan de fraîcheur qui nous fait tomber sur le cul. Cet hurluberlu avec un nom de personnage de dessin animé peut être difficile à suivre, donnant aussi bien dans le acid jazz que le funk, le hip hop, la soul conventionnelle et le thrash metal  ̶  sur ses précédents albums. Prenez le sens de l’humour et les expérimentations psychédéliques de Frank Zappa, ajoutez des basses groovy à la James Jamerson et l’esthétique West Coast de Steely Dan et vous aurez un début d’idée de ce à quoi vous devez vous attendre de Drunk. Au-delà des alliages métaphoriques, Bruner a su mettre à profit son impressionnant réseau bâti au fil des nombreux succès auxquels il a participé au cours des dernières années pour réellement s’entourer de plusieurs collaborateurs de renom, tels que Pharrell, Kendrick Lamar et Wiz Khalifa. (Guillaume Francoeur)

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9. Mat Vezio,  Avant la mort des fleurs cueillies– 17 mars

On entendait le buzz venir de loin, et buzz il y a eu. Mat Vezio, après avoir accompagné des grands talents du beau Montréal (Antoine Corriveau, Dany Placard, Louis-Philippe Gingras), s’est enfin commis avec Avant la mort des fleurs cueillies. C’est un premier album solide que nous présente Vezio : sa voix profonde – qui peut faire penser à Antoine Corriveau, qui a d’ailleurs réalisé l’album – se marie à merveille avec les douze jolies pièces. Ça se sent dès la première écoute : l’artiste a travaillé, retravaillé et encore donné de l’amour à ses chansons avant de les lancer, ce qui donne un tout très abouti. Mention spéciale pour les excellentes « Ce jour-là », « Fukushima » et « L’automne de Buffalo ». Wow, wow, wow. (Mélissa Pelletier)

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10. Chilly Gonzales & Jarvis Cocker, Room 29 – 17 mars

Chilly Gonzales a passé en 2016 une année « sabbatique » à Montréal après sa fructueuse tournée Chambers. Le connaissant, on savait qu’il concoctait quelque chose pour 2017. On a vu juste : le voilà qui collabore avec Jarvis Cocker, chanteur de Pulp, pour un album sur Deutsche Grammophon. Le tandem propose des compositions piano-spoken word inspirées de la salle 29 du Château Marmont à Hollywood. Room 29 se veut un ouvrage philosophique quelque peu étrange à l’oreille (la voix de Cocker n’est pas la plus attirante si on n’y est pas habitué, ce qui clashe avec le beau piano de Gonzales), mais qui fait un pas de plus dans l’univers infini de la musique contemporaine. Mine de rien, « Tearjerker » et « Clara » risquent de vous rester en tête, avec ou sans votre consentement. (Olivier Dénommée)

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BONUS : Sally Folk, Troisième acte – 17 février

Il y a beaucoup de belles choses qui sont sorties depuis le début de l’année, mais il y a aussi de la musique plus… controversée. Encore là, controversée est un euphémisme : la chanson « J’aurai ton enfant quand même » n’est pas exactement la meilleure idée comme premier extrait pour l’album Troisième acte de Sally Folk. Par contre, en l’écoutant au complet (oui, on l’a fait), on y découvre que le thème n’est pas un cas isolé, puisqu’on le reprend dans « La cigogne », et que la chanteuse explore à travers l’opus les facettes les moins glorieuses de la vie amoureuse avec des tournures gênantes (« Bouquet de rose », « De l’amour à l’écran », « La main dessus », « Précieuse », « Kamasutra », même combat) qui nous font regretter le virage qu’a pris l’interprète d’« Heureux infidèles ». (Olivier Dénommée)

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