Crédit photo: Philippe Jasmin

 

Né à Moncton, Carl Bessette a fait son propre tour du monde : Canada, Suisse, San Diego, Jonquière… Des destinations qui ont marqué son imaginaire et influencé sa création. Car si aujourd’hui il peut assurer qu’il est un poète fan des vers libres, Carl a déjà été un écrivain plus structuré dans son style. C’est en s’éloignant de cette droiture que l’auteur a trouvé un ton et style bien à lui. Entretien avec l’auteur de Comme faux, publié aux Éditions de l’Écrou, dont il est le co-fondateur.

 

M.P. La sortie de Comme faux a été soulignée par une promotion très originale. Les invités ont eu droit à un lancement-spectacle avec les musiciens Daniel Ánez et Geneviève Liboiron. Aussi, une bande-annonce a été créée, contenant des extraits du recueil lus par nul autre que toi-même. Pour attirer l’attention, ça l’attire! Pourquoi cette approche?

C.B. On parle beaucoup du recueil Comme faux, mais L’Écrou fonctionne comme ça pour toutes ses publications. On encourage beaucoup les auteurs à créer un lancement-spectacle d’une trentaine de minutes avec des musiciens. Les poètes choisissent les bands qu’ils veulent et on les aide avec les démarches. Pour ce qui est de la bande-annonce, encore une fois c’est très propre à l’Écrou. Et d’ailleurs, je dois avouer que dans mon jeune temps, j’ai été un fan invétéré des bandes-annonces sur le canal Indigo!

 

Ah oui, une passion pour les bandes-annonces?

C’est tellement fascinant comme art, ça fait vivre tellement d’émotions… Et à l’Écrou, on fait comme si le film du livre était sorti. On fait aussi des vidéoclips de poésie, des entrevues avec les auteurs, des extraits de lancements… On est au 21ème siècle, alors on s’adapte!

 

Peux-tu expliquer ton implication dans les Éditions de l’Écrou?

La maison d’édition a été lancée le 11 août 2009. Jean-Sébastien Larouche et moi, on se disait souvent qu’il y a beaucoup de super bons auteurs, mais qu’ils sont mal servis par la structure mise en place. Notre pari est de prouver que la poésie peut se vendre autant que les romans. Franchement, si on avait accès à un tapon de bonne poésie, on serait dans les librairies en train de lire! La poésie est un hit billboard depuis 10 000 ans, alors pourquoi les ventes déclinent? Et pourquoi les gens considèrent-ils la poésie comme un objet étrange?

 

Plus concrètement, comment procédez-vous lors de la publication d’un livre?

Pour chaque livre, on s’entoure d’une bande de collaborateurs différents. L’Écrou publie de 3 à 6 livres par année. Nous n’avons jamais de subvention et nous n’en voulons pas, pour garder une indépendance. Bref, on essaie de vendre des livres et les gens semblent oublier ce concept…

 

En abordant la poésie à la façon de l’Écrou, vous êtes en train de mettre la poésie à l’ère d’aujourd’hui…

La poésie reprend ses droits actuellement. Et en fait, je crois que tout le monde aime la poésie. On ne peut pas dire qu’on n’aime pas, c’est un peu comme dire qu’on n’aime pas la musique. D’après moi, c’est simplement que la personne n’a pas trouvé le style qui lui plaît.

 

Et si on parlait de Comme faux? Quelle est la démarche derrière cette œuvre?

Quand j’ai commencé à écrire de la poésie, j’étais beaucoup dans la structure, dans les alexandrins. J’ai aussi passé par le rap. Et un jour, j’ai eu envie d’apprendre une nouvelle langue : le vers libre. Ça m’a pris beaucoup de temps à m’adapter et les gens n’hésitaient pas à me le dire! Et maintenant, je suis content du résultat. J’ai enfin l’impression d’être arrivé à quelque chose, que ça parle, que ça raconte… Pour moi, il faut que ma poésie raconte.

 

Quand on lit tes poèmes, on peut avoir l’impression de te suivre dans un road trip, dans plein de petits instants…

C’était voulu (Rires). Le poète doit se faire voyant. En marchant dans la rue, les seuls qui voient vraiment ce qui se passe, ce sont les sans-abris, les criminels et les poètes. Ils prennent vraiment le temps de voir ce qui se passe, alors que les autres ne font que passer finalement. Un poème, c’est souvent un instant tellement fort qu’il faut qu’il soit exprimé.

 

C’est aussi au niveau de la liberté de ton. Les choix de mots, les anglicismes, les sacres… Et étrangement, ça nous rejoint. Je me demande même si nous ne sommes pas en train de développer une espèce de langue avec beaucoup d’anglicismes. C’est même une mode!

Oui, il faut se rendre compte qu’on parle québécois. C’est une langue jeune, mais en construction. À l’Écrou, on veut entendre le souffle du poète, on ne veut pas dénaturer la parole. On veut des écrits, des souffles qui viennent du cœur, du ventre. Comme au Québec, bref.

– Mélissa Pelletier

 

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