De la pièce Diptych, les habitués de la compagnie Flak reconnaitront la mise en relation si chère à José Navas de la danse à la musique classique. Cette fois-ci c’est la musique de Bach qui a été la source d’inspiration du chorégraphe. À partir de morceaux sélectionnés, José Navas a su, comme à l’habitude, orchestrer une gestuelle architecturale qui acquiert son plein potentiel en fluctuant dans l’espace. Les mouvements choisis y sont simples, élégants et en rien surprenants, mais parviennent à capter l’attention du spectateur (surtout ceux qui se trouvent vis-à-vis du centre de la scène, étant donné les multiples jeux de symétrie performé).

Cette pièce d’une heure et des poussières réussit à nous faire connaître quelques instants sublimes. Ces derniers, se produisant par l’intermédiaire de procédés très conventionnels, créent de la sorte un agréable effet de surprise. Les instants les plus émouvants, selon moi, sont les suivants : le magnifique tableau où, telle une nymphe fragile, à demi nue, Lindsey Renee Derry apparaît progressivement au centre du corps des danseurs évoluant comme en apesanteur, et le morceau final où les danseurs en nuisettes pastel dansent dans ce qui semble être une des fêtes de Dyonisos. Ces moments donnent réellement l’occasion aux spectateurs de ressentir le plaisir de la danse. Néanmoins, les autres morceaux chorégraphiques de Diptyque ne parviennent pas à reproduire cet émoi. L’Ave Maria, par exemple, m’a complètement laissée déçue, rien de divin et de serein n’y était.

Enfin, les intentions du chorégraphe étant de faire ressentir aux spectateurs, notamment par le biais de son solo Prélude à Diptyque, la danse pour le plaisir de la danse. C’est réussi, mais ne peut-on pas y voir une recrudescence du besoin de justifier la danse? Pour un public avisé comme celui de Montréal, ce prélude, même s’il est bien présenté, m’a semblé superficiel. Les néophytes de la danse pourraient même le considérer comme prétentieux (Navas y fait un solo dont la trame sonore est une entrevue où il parle essentiellement de ses visées chorégraphiques quant à Diptyque).

Allez tout de même voir Diptyque si vous en avez la chance. Je suis peut-être dure dans mes commentaires, mais c’est une pièce qui en mérite sincèrement le déplacement.

– Florence Grenier-Chénier