Crédit photo: Hugo B.Lefort

L’ambiance était à son comble, hier, à l’Espace Libre, pour cette troisième édition de Dindes et Farces. Couronne géante, danse en ligne, musiques (in)temporelles, grandiose festin des fêtes, foire artisanale: tout concordait à installer une atmosphère festive et conviviale en ce mois de décembre mouillé. C’est ce que fait l’équipe du Party Chinois depuis quelques années : réchauffer les cœurs, les faire rigoler, et réfléchir aussi, il le faut bien, mais dans un esprit ludique ! Un cabaret qui fait oublier les déprimes de fin d’année.

François Bernier et Guillaume Girard, metteurs en scène, animent donc une soirée cabaret haute en couleurs, où défilent quantité de sketches absurdes, incisifs. Le tout teinté d’une dose d’ironie assez surprenante, voire cinglante. Une distribution étonnante de jeunes artistes talentueux dynamise le tout et nous offre un Noël haut en couleurs et en musique (grâce au sympathique House Band).

Après avoir consacré ses deux dernières éditions à la relève artistique et aux marginaux, cette année, la compagnie prend un nouveau virage. Pour s’inscrire comme il se doit dans l’ère de son temps, les membres du Théâtre du Party Chinois opèrent un radical (et satyrique !) tournant vers la droite. La droite du commerce, du profit. «La consommation, c’est ma seule passion», chantent-ils tous en chœur. Ainsi, le spectateur peut voter, par un simple message texte, pour son Père Noël favori dans une téléréalité sauce Party Chinois : des épreuves de chant, de danse et de magie (!?) détermineront le grand gagnant de la soirée. «Douchebag» à casquette et vieilles kitsch de ce monde s’affrontent avec ferveur (ou pas). De bon goût, décidément.

En effet, c’est l’interactivité qui semble intéresser la troupe. Le personnage principal, c’est le spectateur, clament-ils. Ainsi comédiens et public, en chœur, boivent gorgées sur gorgées dans un «Je n’ai jamais» collectif un peu embarrassant. Disons simplement que le TPC prend le pari de fraterniser avec un public hétéroclite, et c’est tant mieux : chacun y trouve son compte dans ces numéros où chanteurs aveugles, fêtards qui «s’éclatent» un peu trop à Noël, statistiques culturelles bidons et parodie d’actualités «enveloppe-brunesques» se succèdent sur scène. Mais n’en révélons pas plus: les surprises que réservent le TPC méritent d’être découvertes sur place.

Il faut prendre l’humour cinglant du TPC à la légère : se succèdent des clichés et stéréotypes de la «gauche culturelle» et de la droite mercantile, un humour «pas correct» qui déplace de l’air. La troupe fait preuve d’une autodérision sans limites et c’est ce qui fait leur charme. Mais remercions monsieur Jean-Martin Aussant qui, avant un numéro musical révélant un talent impressionnant, s’est permis de nuancer le discours sur les stéréotypes gauche-droite.

N’oublions pas de belles initiatives derrière ce spectacle burlesque : la participation de jeunes artistes de l’école Les Muses (centre des arts de la scène offrant une formation artistique à de jeunes artistes vivant une situation de handicap, visible ou invisible), un généreux buffet, une foire artisanale du Cercle des Fermières, et j’en passe. Une soirée parsemée de grands rires francs, un cabaret autodérisoire fort sympathique dont l’équipe vous souhaite, je n’en doute pas, une tonne de cadeaux pour Noël !

– Émie Morin

Dinde et Farces – Théâtre du Party Chinois

Espace Libre

Du 19 au 22 décembre 2012 – 21h

Texte : collectif d’auteurs

Mise en scène : François Bernier et Guillaume Girard

Distribution : http://www.espacelibre.qc.ca/dinde-et-farces-0