Juste Robert / Photo : Jean-François LeBlanc

Les Francouvertes : événement par excellence pour découvrir les artistes à succès de demain, mais aussi pour débattre de la qualité de certains candidats qui nous chatouillent l’oreille de différentes façons… Pour l’occasion, Nathan Giroux et Olivier Dénommée ont écouté ce qu’avaient à offrir Maxime Auguste, Projet coyote et Juste Robert le 27 février. Voici ce qu’ils ont pensé de cette soirée particulière à forte présence masculine.

Tire le Coyote

NG : C’est tout en douceur que la soirée décolle : les deux guitares de Tire le coyote installent une douce atmosphère folk-prog bien groundée. Leurs falsettos fusionnent à merveille et le finger-picking est précis. C’est bien parti pour une soirée « poêle à bois » qui ne manquera pas de chemises à carreaux, de tuques de chasse et de jokes de gun.

OD : Voilà un ancien qui ne s’est pas laissé abattre par son succès au mieux mitigé lors de son dernier passage : Benoit Pinette, alias Tire le coyote, a fait partie de la cohorte 2010 des Francouvertes, mais s’était rapidement incliné dans les préliminaires. Cela ne lui a pas empêché d’enchaîner les sorties d’albums à succès par la suite. Pour l’occasion, lundi, il était venu seulement accompagné de Shampouing, partenaire rencontré lors de son fameux premier passage aux Francouvertes. Deux guitaristes/chanteurs, c’était amplement pour réchauffer le Lion d’Or et préparer la foule à ce qui allait les attendre : une soirée chargée de folk et de toutes les variantes que l’on peut s’imaginer. Tire le coyote n’a joué que quinze minutes, mais il en a profité pour faire savoir au public qu’un quatrième opus allait voir le jour d’ici la fin de l’année. Il a d’ailleurs cassé la nouvelle chanson « Pouvoir de glace », donnant un petit avant-goût de ce à quoi on est en droit de s’attendre dans les prochains mois. Pour faire une histoire courte : ça promet.

Tire le coyote / Photo : Jean-François LeBlanc

Maxime Auguste

NG : Maxime Auguste entre sur scène dans le rôle d’un séducteur coquin qui avertit d’emblée son public qu’il est normal de tomber en amour avec lui. Le groupe installe un « country-folk feutré » qui ne manque pas d’originalité, ni dans les arrangements, ni dans les textures sonores, mais qui ne commence vraiment à lever que vers les derniers numéros de la performance. Accompagné de musiciens solides et inventifs qui se partagent contrebasse, claviers, trombone et percussions diverses (shout out au collier d’argent sur le tambour de basque), Maxime réussit de son timbre chaud et profond à nous faire oublier la simplicité parfois trop évidente de certains de ses textes et ses interventions parlées qui laissent dubitatif (« le country, c’est un gars, une guitare, pis une esti de peine d’amour »). Ah bon.

OD : On s’est baladé quelque part entre le folk, le country et des propositions plus orchestrales pendant la trentaine de minutes passées avec Maxime Auguste. Plutôt théâtral dans sa façon de s’adresser au public, il a donné l’impression d’être un personnage. Ça ne lui a pas toujours réussi, mais il faut admettre que j’ai passé une bonne partie de son spectacle avec un sourire au lèvre, diverti par le propos souvent surprenant de ses chansons. « Kevin-Steve » avait quelque chose de magique : sous sa simplicité musicale se cachait un texte qui ne se prend pas au sérieux pour deux sous; constat similaire pour « Cinéma l’amour ». Puis, vers la fin, il a fait voir une facette plus sérieuse de sa musique, avec des arrangements plus touffus qui ne déplaisaient pas et qui changeaient du country-folk un peu cliché de feu de camp.

Maxime Auguste / Photo : Jean-François LeBlanc

Projet Coyote

NG : On poursuit avec la proposition de Projet Coyote, qui s’avère être une agréable surprise. Malgré une compréhension des textes plutôt difficile et un certain manque de contrôle dans la voix, l’énergie du band aura raison du public du Lion d’Or, qui applaudira chaudement son rock « éclectique ». Combinaison de « rock feutré » et de « folk distorsionné » agrémentée de touches gypsy, le rendu sonore est mature, confiant, très rock. Le petit trio remplit la scène comme cinq musiciens pendant que David Fortin se tape de solides solos de guit’ et que François Potvin manie habilement contrebasse et harmonica. C’est sûr que ça paie niveau présence scénique d’avoir été en résidence au Quai de Brumes pendant toute une année. C’est un groupe à surveiller dans la suite de ce concours.

OD : La première impression laissée par l’écoute du dernier EP du duo-récemment-devenu-trio était très mitigée : il était clair que le groupe avait une belle énergie à offrir, mais son originalité restait à prouver. C’est maintenant chose faite, comme Projet Coyote a joué dans différents registres, allant du folk aux limites du bluegrass au gros rock presque progressif. Le chanteur et guitariste David Fortin en a perdu ses lunettes à plus d’une reprise, se laissant emporter dans le feu de l’action. L’élément le plus discordant de la performance de Projet Coyote était peut-être le batteur, qui arrivait assez bien à suivre la plupart du temps, mais qui ne semble pas avoir tout à fait la même synergie que les deux autres musiciens. Il était d’ailleurs en punition, assez loin de l’action. Chapeau au fait que le trio ait réussi à occuper la scène avec autant de conviction. Le show n’était pas seulement qu’auditif : on pouvait voir les gars avoir du vrai plaisir à se donner à fond dans leurs chansons. C’est assez pour leur décerner l’étoile de la soirée.

Projet Coyote / Photo : Olivier Dénommée

Juste Robert

NG : Entre en scène la bande de Juste Robert, qui étire douloureusement la soirée avec un rock insipide en franglais aux paroles incompréhensibles (russe ou français?). Les arrangements traînent en longueur est le son est typique. Après un échange notable entre le chanteur et son bassiste qui tentent de déterminer qui d’entre eux est le « premier dictateur du Québec », la soirée se conclut sur du quasi-screaming dans un climax douteux. Difficile première rencontre avec le « daddyrock ».

OD : Après avoir écouté l’album Des autoportraits sur Bandcamp quelques jours avant la fameuse performance, il était évident qu’on allait avoir affaire à un folk très alternatif qui allait égratigner quelques oreilles au passage. Le fort accent de Robert semblait beaucoup trop exagéré, d’autant plus qu’on ne l’entendait vraiment que dans ses chansons, et la mise en scène n’était pas la plus convaincante, même s’il y avait une tentative de la part du groupe. Bon, ce n’était que le deuxième soir des Francouvertes, mais clairement Juste Robert et ses musiciens ont fait explosé la moyenne d’âge des participants, étant loin de du stéréotype du jeune artiste montréalais. Que dire de la finale, « Il tombe des cordes », où il gueulait trop fort, trop longtemps, si ce n’est qu’il tenait vraiment à ce qu’on n’oublie pas son passage au Lion d’Or? Dans ce cas, c’est un pari réussi.

Juste Robert / Photo : Audrey-Anne Asselin

En somme, cette seconde soirée a semblé beaucoup moins forte que la première. Celui qui a le plus retenu (positivement) l’attention est Projet Coyote, mais le palmarès présenté en fin de soirée montre que nos opinions ne sont pas nécessairement au diapason de celui des autres gens dans la salle : parmi les trois participants de lundi, c’est Juste Robert qui s’en sort avec la meilleure position.  Disons juste qu’on est surpris! Par contre, la position des artistes de la semaine dernière n’a pas bougé. Il faudra attendre aux prochaines semaines pour voir qui va « menacer » Shawn Jobin et Antoine Lachance. À suivre!

Nathan Giroux et Olivier Dénommée

—–

Palmarès :
1 – Shawn Jobin
2 – Antoine Lachance
3 – Mélanie Venditti
4 – Juste Robert
5 – Projet Coyote
6 – Maxime Auguste