Vincent Lepage de Renard Blanc / Photo : Jean-François LeBlanc

Les lundis des sept dernières semaines, Les Méconnus squattaient le Lion d’Or pour entendre ce qu’avait à offrir le meilleur de la relève musicale francophone. C’était épuisant, oui, mais aussi extrêmement enrichissant de découvrir autant de nouveaux talents. Arriver au septième et dernier soir des préliminaires, la soirée « où tout est possible » comme l’a indiqué l’animatrice Mellissa Larivière, c’est un peu surréel. Pour l’occasion, Olivier Dénommée et Nathan Giroux, ainsi qu’un Lion d’Or plein à craquer, ont écouté les trois derniers artistes de la cuvée 2017 des Francouvertes. Mauvaise nouvelle pour vous : il n’y aura pas de grands désaccords dans ce texte!

Dave Chose

NG : Le rideau de cette dernière soirée des préliminaires s’ouvrait sur la chaude voix de Dave Chose dans un numéro bien construit au son live impeccable. Accompagné de Nicolas Beaudoin à la guitare, du bassiste Sam Beaulé et de Jonathan Bigras aux peaux, le groupe installait un folk-rock énergique dont le premier titre pouvait évoquer un espèce de Muse francophone, avant d’évoluer dans une groove lente et presque bluesy aux guitares délayées et aux paroles percutantes. Dave Bilodeau, qu’on connaît de Faudrait faire la vaisselle, met de l’avant un parler franc et lucide qui n’a pas peur d’emprunter à l’humoristique, transporté par une voix riche et claire – Laisse les textos rentrer dans ta machine qui fait toute. L’atmosphère sur scène était candide, relax, ponctuée de rires en canne réverbérés et de pertes de sérieux. On n’a pas trop compris le fou rire du chanteur dans la drop de piano, mais musicalement, même les moments planants plus Karkwaesques rentraient toujours au poste. Malheureusement, Dave Chose fait maintenant partie de ces numéros de qualité des Francouvertes que les juges, ainsi que le public, n’ont pas choisi de propulser en demi-finale.

OD : Au début de la performance, je ne m’attendais à rien : contrairement aux deux autres compétiteurs de cette soirée, Dave Chose n’avait pas d’album à apprivoiser pour permettre au public cerner son style. La surprise était totale : son rock, plutôt saturé au début, était en fait assez solide et très bien ficelé, même si le chanteur semblait être dans sa bulle avec les autres musiciens. Cela paraissait encore plus lorsqu’il jouait des claviers, ne faisant même plus face à son public, pourtant très réceptif lundi. On a même eu l’impression qu’il avait conquis assez de cœurs pour imaginer qu’il pourrait se frayer un chemin jusqu’aux demi-finales. Ça n’a finalement pas été le cas. Personnellement, j’ai l’impression qu’il avait plus sa place dans le palmarès que certains artistes qui y sont, mais bon… on vit dans une démocratie!

Photo : Jean-François LeBlanc

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Fred Labrie

NG : Fred Labrie et sa bande s’apprêtaient nous amener sur un autre terrain, plus sérieux et poétique. Le chanteur est originaire de Montréal, a grandi dans le Bas-Saint-Laurent, et nous proposait hier un folk alternatif aigre-doux aux notes sucrées et ensoleillées, soutenu d’une guitare électrique, d’un violoncelle et d’une section rythmique solides. Ici, c’est le côté théâtral, voire sentimental du numéro qui soulevait quelques réserves. Les interventions longues et personnelles du frontman, sur fond de cordes, ont peut-être fait plus de tort que de bien à sa musique, qui n’avait pas besoin d’introductions alambiquées pour être convaincante. On retient particulièrement de jolis duos hypnotisants de finger-picking et violoncelle, d’aimables harmonies vocales et d’autres épisodes qui « vargent » davantage, le tout dans un enrobage fleuri qui affiche son lot de moments énergiques et de potentiel radio. Par contre, la performance du groupe n’a pas suffi, ici non plus, à s’assurer une place dans la prochaine ronde du concours.

OD : Il en restait une drôle d’impression en écoutant le premier album de Fred Labrie, paru il y a à peine plus d’un an : il manquait un ingrédient pour que ça lève. L’ingrédient n’a pas été trouvé depuis, puisque l’artiste a offert une performance honnête aux Francouvertes, qui a d’ailleurs suscité beaucoup d’applaudissements du public, mais sans plus. On retient les enrobages généralement réussis, surtout du côté du violoncelle, mais on a vite fait d’oublier ses portions parlées, pourtant pertinentes, qui brisent l’ambiance déjà fragile. Peut-être que dans un autre contexte, cela passerait mieux? Fred Labrie demeure un artiste qui risque d’être intéressant à suivre, lui qui ne manque pas de beaucoup de maturité dans son écriture pour aller là où il a envie d’aller.

Photo : Jean-François LeBlanc

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Renard Blanc

NG : Renard Blanc est la seule proposition de la soirée qui est parvenue à se faufiler dans le palmarès avec une honorable 6e place à l’issue du vote. Du souffle inquiétant qui ouvrait la performance à l’imposant climax de saxophone, la formation a livré une performance frappante, à mi-chemin entre la disto old-school de Timber Timbre et les mélodies obsédantes et cycliques d’un Thom Yorke. C’était peut-être l’univers musical le plus sombre de la soirée, campé dans une atmosphère qui semblait hantée par des UFOs sinistres et des délais caverneux sur la voix du chanteur. Les intros prenaient bravement leur temps, les rythmes étaient gras et imperturbables, et un falsetto narquois et paresseux consolidait la palette sonore, tout en restant difficile à comprendre. Peut-être aurons-nous droit, en demi-finales, à des voix et un sax un peu plus présents dans le mix. Mission accomplie pour l’équipe qui clôturait la soirée, et les préliminaires en général, avec une dernière chanson colossale assise dans un riff de synthé mémorable, qui s’est méritée à juste titre les bonnes grâces du Lion d’Or.

OD : Difficile d’imaginer le niveau de stress qu’ont dû endurer les membres de Renard Blanc, de passer à la toute fin, après 20 artistes, dont plusieurs vraiment excellents qui ont été malgré tout exclus du palmarès… Pourtant, le trio devenu quatuor pour l’occasion (une saxophoniste a été ajoutée à l’équipe) a joué comme si de rien n’était. Ceux qui ont écouté le premier long jeu du groupe, Empire onirique, auront été surpris de découvrir une groove complètement différente lundi : Renard Blanc a pris une direction plus énergique, surtout du côté de la basse, et ça n’a pas déplu du tout. Évidemment, on aurait préféré mieux comprendre les paroles chantées par Vincent Lepage, mais le groupe a eu la bonne idée d’offrir un livret contenant les paroles des cinq chansons interprétées. On aurait aussi pris davantage de sax, surtout que la musicienne semblait ne pas trop savoir quoi faire de ses mains en attendant ses lignes, mais somme toute, c’était une clôture en force des préliminaires de Francouvertes, surtout avec la puissante « Reflet », dernière chanson à avoir résonné sur la scène de la soirée. La 6e position est pleinement méritée.

Photo : Jean-François LeBlanc

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Mehdi Cayenne

Mentionnons brièvement la performance mémorable du coloré Mehdi Cayenne au tout début de la soirée, dans la série J’aime mes ex. Il n’a joué que quinze minutes, mais il a marqué le public avec sa théâtralité extrême, qui était divertissante à regarder, mais qui allait parfois trop loin. Il a tout de même cassé une nouvelle chanson intitulée « Sasseville », en honneur d’Andréanne Sasseville, décédée du cancer en début d’année. Conservons quand même une petite réserve quant aux paroles répétées qui parlent de « danser jusqu’à ce que mort s’ensuive »…

Photo : Jean-François LeBlanc

Maintenant que les préliminaires sont terminées, on peut se tourner vers les demi-finales. Vulvets, Lydia Képinski, Les Louanges, Valery Vaughn, Laurence-Anne, Renard Blanc, Van Carton, Shawn Jobin et MCC se feront de nouveau entendre du 17 au 19 avril, encore sur la scène du Lion d’Or.

Ce n’est pas clair si c’est une fuite ou si elle sera modifiée, mais la programmation des demi-finales a été brièvement mise en ligne sur le site des Francouvertes, avant d’être retirée. Sous toute réserve, voici comment les artistes devraient être répartis, du moins entre les soirées :

  • Lundi 17 avril : Vulvets, Les Louanges, MCC
  • Mardi 18 avril : Lydia Képinski, Laurence-Anne, Van Carton
  • Mercredi 19 avril : Valery Vaughn, Renard Blanc, Shawn Jobin

Dieu merci, le public a une semaine de répit pour respirer avant la semaine du 17, qui promet d’être assez épuisante pour quiconque assistant à la totalité des soirées des Francouvertes. Rappelons qu’au terme de ces trois soirées, seulement trois artistes sur neuf poursuivront l’aventure. C’est un rendez-vous!

Olivier Dénommée et Nathan Giroux