Source photo: Site web des “ditions de La Tournure

D’espoir de mourir maigre est le premier recueil de Charles Dionne, co-fondateur avec Fabrice Masson-Goulet du site Poème sale. C’est aussi la première publication de la toute jeune coopérative d’édition La Tournure, dont l’ambition est de colorer la grisaille ambiante par « quelques manigances poétiques ». Leur mission, précisée en postface du recueil, consiste à « poétiser la ville et la communauté en son quotidien ». À cet égard, D’espoir de mourir maigre me semble une excellente entrée en matière en exemplifiant la conquête de la parole qui fonde cet ambitieux projet.

En effet, Dionne aborde de front le mal de vivre contemporain à travers l’exploration de cet univers « décollé de la rétine » comme l’écrivait Miron. Le poète le décline en plusieurs nuances de gris en dépeignant une existence comprimée dans les  « labyrinthes de béton » et la « bourgeoisie d’asphalte », où « construire un quatrième étage sur un bungalow » permet de « se rapprocher du ciel ». Au fil des « épiphanies perdues entre les bouteilles de bière » se dessine un malaise familier, trop familier, que les échappatoires de la « vodka de balcon » et des « pipes de fond de Zellers » ne suffisent pas à faire oublier.

Mais tout n’est pas noir dans D’espoir de mourir maigre. L’espoir existe bien : il existe à travers l’étreinte qui fait office de ligne éditoriale pour La tournure. « Cette espérance des peaux pathétiques qui toujours louchent pour se rencontrer », selon la riche périphrase dans la postface du recueil, on l’entrevoit ici dans l’« espace infini d’une bouteille de Jameson / où se rencontrent nos corps ». Féconde association, qui permet le poète de s’affranchir de la dépossession de son quotidien et de conquérir, en dernière instance, une voix véritablement créative, capable de s’élever au-dessus de la turpitude, de transfigurer la laideur en beauté, de déceler « l’intelligence brillante / de la gentillesse étrange / des choses ».

Caractéristiques des œuvres riches, les lectures qu’on peut faire D’espoir de mourir maigre sont nombreuses. Certains verront sans doute étalées dans ces pages des impressions qu’ils ont peut-être eux-mêmes éprouvées, sans jamais pouvoir trouver les mots pour les exprimer. D’autres seront plutôt saisis par l’évocation d’un monde proche du leur, qu’ils n’avaient jamais vu de cet œil. Tous se mettront néanmoins d’accord sur un point : en matière d’introduction à son originalité, La Tournure pouvait difficilement faire mieux.

– Hugo Beauchemin-Lachapelle

À regarder, cette intéressante adaptation de l’œuvre par Cassandre Émanuel.