Le Forum des images lançait le 2 mai sa nouvelle programmation thématique pour les mois de mai et juin. C’est sous le signe des amours interdits que vibrera l’institution parisienne. Le cycle « Défense d’aimer » propose plusieurs longs-métrages qui explorent les difficultés amoureuses d’ordre religieux, social, politique et culturel. En passant par les classiques du genre, le Forum des images propose néanmoins plusieurs œuvres moins connues pour un public averti.

C’est le film Meteora du réalisateur Spiros Stathoulopoulos qui a ouvert la saison. Présenté en avant-première, il sera sur les écrans (français) au mois de juillet seulement. Il a fait bonne figure au Berlinale en 2012 avec 9 nominations. La directrice du Forum des images, Laurence Herszberg, a présenté le film comme d’une œuvre qui joue sur les tensions entre la sensualité et l’austérité.

Meteora, c’est l’histoire d’amour entre un moine et une nonne. L’action se déroule en Grèce, dans les plaines de Thessalie, au cœur des monastères orthodoxes de Meteora. Tout est filmé en décor naturel. Les deux monastères sont sur le sommet de deux falaises, au centre d’un paysage désertique empli de grès. Le film met en scène la rencontre entre les deux personnages et les balbutiements de leur histoire. Theodoros et Urania ont voué leurs vies à Dieu, mais leur rencontre leur amène à revoir leur engagement. Ce sont donc deux personnages qui brûlent de désir l’un pour l’autre et qui sont confrontés à l’irréconciliabilité de leurs passions. Certes, l’histoire n’a rien d’original en soi et la fin n’apporte pas d’éléments de surprise.

Il y a un jeu intéressant autour des icônes. Stathoulopoulos s’en sort pour mettre en lumière certaines pensées des personnages. C’est par l’entremise des extraits animés que le récit est développé. Le caractère sacré des icônes conserve le langage emprunté par les deux personnages. La parole tient une place moins importante que les symboles et cette intégration de séquences animées pallient au silence en insufflant un caractère poétique de l’ordre du fantasme et de la métaphore biblique.

Le film est relativement court, soit 70 minutes. Cette rapidité contraste ici par le climat de répétition et de lenteur que veut instaurer Stathoulopoulos. Les premières scènes du film sont très lentes, elles cherchent à mettre en place le climat austère de la vie monastique. Or Meteora change de rythme à partir du milieu. Toute l’histoire se déroule là, rapidement sous nos yeux. Nous pourrions même dire que nous n’avions rien vu venir. Ce saut brusque formel fait en sorte que le film perd beaucoup de richesse ; nous avons dû mal à bien s’imprégner de l’atmosphère et à comprendre les deux personnages. C’est un film qui désire jouer sur la poésie des images, mais qui, malheureusement, ne semble pas travailler la lenteur nécessaire à cette lecture.

Nous aurions donc préféré un film qui nous sort davantage de notre zone de confort, surtout d’un point de vue esthétique et formel. Le récit n’a rien d’original en soi et la rupture de rythme nuit à ce dernier. Néanmoins, Meteora demeure tout de même intéressant en ce qui a trait à l’esthétique des images et au rapport intéressant développé avec l’icône. Ce film de Stathoulopoulos n’est pas dépourvu d’intérêt, mais il aurait gagné en osant davantage d’un point de vue rythmique.

– Sylvie-Anne Boutin

Meteora, Spiros Stathoulopoulos, Fiction, Grèce – Allemagne / vostf, 2012, Couleur, 80 min