Dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, quatre courts et moyens métrages de documentaire ont été projetés le vendredi 21 février à la Cinémathèque québécoise. Si, au départ, je prévoyais retenir qu’un seul documentaire pour en écrire la critique, il m’est, au final, impossible de ne pas présenter les quatre documentaires. Vendredi dernier, les festivaliers ont eu droit à des œuvres de qualité.

Re(trace) de Jonathan Lemieux

Composé uniquement d’archives familiales, Re(trace) raconte la relation complexe et douloureuse qu’a entretenue le réalisateur avec son père à qui il ne parle plus depuis près de quinze ans. Le jeune homme se livre à une introspection, relevant sans pudeur les cicatrices du rejet paternel, rejet causé par son homosexualité. Bien que la narration explicite la tension entre les deux personnages, cette tension est palpable au cœur même des images d’archives. Re(trace) offre aux spectateurs une incursion au cœur tabou familial avec un réalisme on ne peut plus troublant. Jonathan Lemieux ne verse pas dans le pathos et inscrit Re(trace) dans les beaux moments des RVCQ.

Un pays de silences de Paul Tom

Paul Tom, accompagné de sa copine, retourne au Cambodge, pays de ses origines, afin de visiter sa famille, mais aussi en savoir davantage sur sa propre histoire, ses origines. Sa relation conflictuelle avec son père l’amène à considérer ce voyage comme bénéfique. Or, il se bute rapidement au mutisme des Cambodgiens, ils ne veulent pas parler du « passé ». Au fil du voyage, Pau Tom constate à quel point il ne connaît pas son père et cherche à éclairer les zones floues de son histoire familiale. Le Cambodge qu’il visite lui apparaît, au fil des jours, de plus en plus opaque, il s’y sent étranger. Il en conclut que la solution n’était peut-être pas d’aller au Cambodge pour comprendre son père, sans doute il fallait simplement lui parler. Ce parcours sensible d’un homme qui cherche à saisir ses origines est très bien mis en forme dans le documentaire. En évitant les clichés et les généralisations, Paul Tom propose une œuvre sensible et fort prometteuse.

Letters from Pyongyang de Jason Lee

Des quatre documentaires, c’est celui de Jason Lee qui me semble le plus fascinant. Encensé dans plusieurs festivals, Letters from Pyongyang offre une expérience unique. Afin de reprendre contact avec une partie de sa famille qui vit en Corée du Nord, le réalisateur accompagné de son père, après de multiples démarches, se rend à Pyongyang, bien que l’oncle de Jason Lee soit décédé durant le processus d’obtention du visa nord-coréen. Letters from Pyongyang présente des images de la Corée du Nord, pays terrifiant et hermétique. Certes, l’histoire de la famille du cinéaste, c’est aussi un drame familial et politique pour plusieurs milliers de Coréens; la scission de la Corée a séparé à jamais de nombreuses familles. Ce documentaire explore d’un point de vue intime cette tranche de l’histoire. À l’instar des deux autres documentaires et malgré le caractère dramatique du sujet, Jason Lee propose un récit émouvant et humain. Les quelques prises de vue de Pyongyang sont fascinantes, de même que les quelques récits de vie de la famille nord-coréenne du cinéaste. Ce documentaire est bouleversant et mérite toute l’attention qui lui est accordée.

Suivre la marée de Thomas Szacka-Marier

Dans Suivre la marée, Thomas Szacka-Marier suit un groupe de pêcheurs sénégalais durant une semaine, le temps d’un voyage en mer. À bord d’une pirogue, ils vivent reclus, dépendant de la mer, des courants et des bancs de poissons. Les hommes discutent, refont les mêmes gestes dans l’espoir de pouvoir nourrir leur famille convenablement. Dans ce monde d’hommes, une complicité doit régner, elle n’a pas besoin de mots pour l’exprimer. Ce court documentaire peint avec justesse un milieu précaire et offre un portrait singulier de ce métier des plus anciens.

– Sylvie-Anne Boutin