Un accident.
L’accident.

Celui dont tout le monde a entendu parler, celui présenté dans tous les journaux, celui dont les images jouent en boucle à la télévision.

L’accident.

Des vies décimées sous la carcasse d’un autobus pris au coin de la rue sans se douter qu’il sera tombeau.

Deux survivants.

Deux âmes effleurées par la mort des autres passagers.

Comment Daniel (Maxime Denommée) peut-il vivre avec ces images qui placardent ses souvenirs de sang, de corps écrasés, de cris, de souffles éteints?

Comment peut-il oublier la mort qu’il porte en lui, toujours aux aguets, quand le temps n’est plus, quand le temps n’est rien d’autre que du temps, quand son temps a survécu et le temps des autres non.

Pourquoi lui et pas eux?

Comment survivre au choc? Quel sens lui donner? Comment se réjouir d’être encore vivant lorsqu’on a été témoin d’un drame humain?

Et ce film des événements qui joue et rejoue en sa conscience ne cessera-t-il jamais de se répéter? Ne devrait-il pas être reconnaissant envers la vie, lui dire merci, en profiter au maximum, et réaliser tous ses rêves afin de savourer jalousement cette chance inouïe d’avoir survécu?

Aucune réponse. Que des questions. Comment peut-il se relever avec tant de débris dans la tête…

Ce qui ne nous tue pas nous rend-il plus fort?

Artiste en arts visuels, Daniel a perdu l’inspiration depuis l’accident. Il tente tant bien que mal de renaître en lui-même, d’utiliser son chaos intérieur à des fins artistiques, mais voilà : il étouffe. Culpabilité du survivant.

Il a perdu son souffle créatif.

Avec lui, il y a L.J. (Evelyne Rompré), autre survivante. Alors que Daniel creuse ses angoisses au plus profond, L.J. avance, roule, sans analyser, s’arrêtant aux faits. Elle écoute et répond à Daniel comme un reflet, un miroir, sans laisser les autres transpercer sa glace. Elle s’est pourtant perdue, elle aussi, à l’intérieur de l’accident. Elle y a même perdu ses jambes, elle qui, autrefois, avait les hommes à ses pieds.

Tous deux tentent à leur manière de se relever de ce choc horrible. L’un dans l’analyse, le besoin d’y trouver un sens. L’autre dans le silence, ne pouvant s’accrocher à un sens précis.

Sous les débris, le choc post-traumatique

Daniel se sent investi du devoir de rendre hommage à la mémoire des disparus. Est-il possible de les faire revivre à travers son art? Il faut bien que cet accident serve à quelque chose, à dire quelque chose!

Y a-t-il seulement quelque chose à comprendre? Qu’y a-t-il à comprendre de la vie, de la mort? Peut-on parler de renaissance quand une partie de soi est morte?

C’est sous des débris suspendus qu’évoluent les personnages. Chacun porte en lui ses propres débris en se rattachant à la vie d’une manière personnelle. Cependant, chacun fuit l’essence même de ses problèmes.

En tant que spectateur, on a parfois l’impression de ne jamais toucher le cœur du sujet, l’impression de toujours être à la surface d’une mer de non-dits. À l’intérieur du choc traumatique se noie tant d’incompréhension. Les personnages, tels des rescapés en radeau, sont tous éclaboussés par l’accident.

Certes, il y a les victimes et les survivants. Mais un choc aussi terrible touche des couches et des couches de personnes. La personne qui crie sa souffrance souffre-t-elle plus que celle qui se terre dans le silence infini?

Il y a des répercussions. Il y a une fin. Un BANG.

Le silence, comme les mots, est cri de détresse. La fuite, les non-dits, l’éloignement sont des signes percutants d’un mal qui ronge les os des victimes. Choc post-traumatique. Il y a bien plus que les faits observés…

Écrite par Ursula Rani Sarma et traduite par Jean Marc Dalpé, la pièce Débris, une production de La Manufacture, est présentée au théâtre La Licorne jusqu’au 28 mars 2015.

Élizabeth Bigras-Ouimet

Pour tous les détails sur Débris, c’est ici!