Crédit photo : John Schnobrich

Créer et partager son art avec le public, un but noble et partagé par la majorité des artistes, non? Vous êtes-vous déjà demandé ce qui fait qu’on voit un.e artiste partout, alors qu’un.e autre, autant sinon plus talentueux, reste dans l’ombre? Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, mais entre autre l’image que cet artiste projette, et ce qu’il fait vivre et ressentir au public, y sont pour beaucoup! Mais comment ça fonctionne? Comment est créée cette image? Qui la crée? Alors qu’Audrée Loiselle nous éclaire en ce moment sur le métier de relationniste avec sa chronique L’après, phare sur le monde des relations publiques avec Alexandra Turgeon, qui se spécialise en communications et en relations publiques depuis ses débuts. À go, on lève le voile. Ok, go.

Sur cette tribune, j’ai parlé à plusieurs reprises, avec quelques exemples illustrés, d’à quel point la stratégie de création d’image était importante pour une personnalité publique. Je suis par ailleurs convaincue que pour être efficace, cette stratégie doit être cohérente sur toutes les plateformes utilisées – que ce soit un site web, des réseaux sociaux et idéalement, dans les médias.

Après avoir parlé d’une erreur de parcours, j’ai voulu aller vers l’autre extrême et vous parler d’un cas bien orchestré et pratiquement sans faille : celui de Maripier Morin. Regardons ensemble comment une stratégie d’image bien imaginée et surtout bien exécutée peut être bénéfique et propulser vers la gloire. Je me doute que vous êtes au moins un peu familiers avec le personnage, mais offrons-nous un petit retour en arrière pour bien saisir son évolution au cours des dernières années.

D’Occupation Double à La chute de l’empire américain

Le public québécois a découvert Maripier Morin lors de l’édition 2006 de la téléréalité Occupation Double (ça ne nous rajeunit pas, hein?). Après qu’elle ait été éliminée de l’aventure, on l’a d’abord revue sur le réseau TVA, personnifiant l’une des beautés de l’émission Le Banquier. Quelques contrats de chroniqueuses plus tard – toujours à TVA (Deux filles le matin, Sucré Salé et Salut Bonjour Week-end) – elle sort dudit réseau et on commence à la voir à V, VRAK, puis Évasion. Elle finit par se faire offrir l’animation de son propre talk show sur Z : Maripier!. Elle participe à la téléréalité anglophone Hockey Wives, et on peut également l’entendre à la radio, entre autres à Rouge FM.

À travers toutes ces apparitions, elle lance récemment son site web, maripiermorin.com. Elle fait aussi une tonne de collaborations avec toutes sortes de marques, a fondé la gamme de cocktails Unik et est actionnaire du restaurant Laurea. Et dernière victoire : elle est de la distribution du film de Denys Arcand qui vient tout juste de sortir : La chute de l’empire américain.

Bon, je m’arrête, mais j’aurais pu continuer longtemps. Le point est fait, je pense : Maripier Morin est l’une des (sinon la) personnalités publiques les plus populaires et influentes au Québec en ce moment. Mais on peut se poser la question : pourquoi? Comment s’est-elle rendue là, et pourquoi est-elle tant aimée? Il y a plusieurs facteurs évidemment, dont certains qu’on ne connaît pas dans leurs moindres détails, mais s’il y en a un qu’on peut analyser ici, c’est sa stratégie de branding et son implantation.

Un personnage bien défini et décliné sur toutes les plate-formes

Elle est sympathique. Elle est pétillante. Elle a du succès et ne s’en cache pas. Elle aime la mode et les sorties glamour. Voici des traits de personnalité clés mis de l’avant dans pratiquement toutes les apparitions de Maripier.

Que ce soit sur Facebook, Instagram, Twitter, Youtube (elle y a lancé la chaîne Pardon My French, où elle partage des trucs lifestyle et beauté), sur son site web, lors d’entrevues, et lors de mentions dans les médias, on la perçoit presque toujours ainsi : souriante, pleine d’énergie, simple mais fière de son succès. Son ton reste sympathique et simple sur tous ses comptes de médias sociaux, et puis, n’est-elle pas attachante en entrevue? D’ailleurs le type d’entrevues qu’elle accorde, ainsi que le type de médias dans lesquels elle apparaît (entre autres des médias people, qui relaient énormément d’anecdotes sur sa vie personnelle) sont aussi non négligeables dans la création du personnage.

Petite note à part : je ne sais pas pour vous, mais ce portrait rapide me fait un peu penser à d’autres femmes influentes et adorées des Québécois, qu’on se permet sans problème d’appeler elles aussi par leurs petits noms!

Cherche la pub, trouve la pub

Sur son site web, offrant lui aussi (la constance est la clé!) des conseils beautés et lifestyle et des suggestions de sorties, Maripier s’adresse à ses lectrices au « tu », et les appelle « pitoune ». Mais elle se sert aussi de cette plateforme pour promouvoir ses succès : nomination aux Gémeaux, photos de tapis rouge, première page de magazine, ou des photos de son mariage, dont elle a gardé l’exclusivité. L’autopromotion côtoie gentiment le contenu éditorial, une bonne façon de garder l’auditoire concerné attentif, et de glisser au passage du contenu plus rentable.

Parallèlement, Maripier se sert adroitement de ses réseaux sociaux pour partager des collaborations avec certaines marques, disséminées à travers ses publications habituelles. Pas n’importe quelles marques, on aura compris. Des associations avec des marques qu’on sait qu’elle peut aimer, qui font partie de ce qu’on connaît et qu’on aime d’elle : une collection de lingerie fancy, une marque de cosmétiques, etc. Encore une fois, l’auditoire captivé par sa personnalité et ses charmes voit au passage de la pub déguisée, et ne s’en offusque pas, car celle-ci concorde avec l’image qu’elle a de l’animatrice. Un autre petit tour de passe-passe réussi!

Ce ne sont que quelques éléments, et on pourrait s’amuser à faire une analyse similaire avec d’autres personnalités publiques québécoises. Mais je vous mets au défi de trouver quelqu’un qui a aussi bien compris les règles du jeu et qui met aussi bien l’amour du public à profit que Maripier. Je suis à peu près certaine que le succès qu’elle connaît ne serait pas le même sans sa stratégie d’image si bien dirigée. De derrière mon écran, je lui lève mon chapeau!

Alexandra Turgeon 

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