Crédits: Isabel Rancier

«Le couple, c’est le monde lui-même, c’est peut-être aussi l’humanité divisée et qui essaie de s’unir, de s’unifier.» –Eugène Ionesco

Dans la rue comme dans leur appartement de Paris (?), c’est la guerre. On ne sait pas très bien pourquoi elle a commencé, ni même quels sont réellement les enjeux, mais d’un côté comme de l’autre ça gronde. Entre danse, lutte et poésie, deux amants font le point sur leur histoire et le seul point sur lequel ils s’accordent est qu’ils ne s’accordent pas. «Faites l’amour et non la guerre», n’est pas une citation tirée de cette pièce où le déni et la projection font office de mantra.

Quand on va voir une pièce d’Eugène Ionesco, on s’attend habituellement à de l’absurde qui tire sur le fantastique, à la manière de Rhinocéros ou de la Cantatrice Chauve, mais avec Délire à deux, Ionesco nous introduit à un univers très ancré dans la réalité, bien que poussé à l’extrême. Oh, bien sûr on regarde les deux amants dans un huis clos qui semble s’étendre à leur existence et on se dit : «J’espère ne jamais ressembler à ça», mais comme dans toutes les pièces d’Eugène Ionesco, il est fort à parier que, oui, peut-être un peu, malheureusement.

Monter une pièce, aussi épurée soit-elle, dans un bar, est une entreprise hasardeuse. Les gens seront-ils réceptifs, réussirais-je à maintenir leur attention malgré le bruit et la proximité? Un pari tenu pour Isabel Rancier qui a décidé de tourner en sa faveur les contraintes physiques de l’endroit en s’appropriant l’espace en entier. Ainsi Il peut commander une bière pendant qu’Elle peut décider d’emprunter votre table pour son propre usage. Une expérience qui sans être la plus déstabilisante que vous aurez vécue est rafraîchissante et permet à chacun d’avoir à un moment ou un autre LA place de choix parmi l’audience.

Vickie Lemelin-Goulet

Délire à deux est une présentation du Théâtre In Extremis et aura lieu tous les dimanches et lundis soirs du mois d’octobre à 20h au bar l’Escogriffe.