Comment traduire exactement le terme coming-of-age story? Histoire de passage à l’âge adulte? Histoire de découverte de soi? Très populaires pour leurs qualités intimistes et universelles, ces récits revisitent des moments charnières de la vie des personnages (souvent les alter egos des auteurs), alors qu’ils doivent dire adieu à l’adolescence (ou l’adulescence) pour embrasser les dures réalités de la vie adulte. En voici trois exemples récents, racontés par romans graphiques, dans lesquels vous retrouverez peut-être un peu de vous-mêmes.

Big Kids de Michael DeForge

Adam, un jeune garçon qui tue le quotidien à coups de sexe, de drogues et de bagarres, voit son univers transformé au contact d’une nouvelle amie, plus vieille, plus sage et plus cool que les gens qu’il côtoyait jusque-là. Tranquillement, il apprendra à se définir autrement que par le bon vouloir des autres. Un matin, il se réveille métamorphosé en arbre et s’initiera à une réalité jusque-là inconnue.

Le coup de crayon de DeForge est particulier. Les couleurs sont vives, plaquées, rock. Si la première partie est dessinée de façon minimaliste, directe, voire un peu crue, l’univers devient psychédélique après la transformation. Le rythme est engageant, mais il faut parfois ralentir la lecture pour bien se laisser imprégner des dessins de DeForge et de l’univers botanique qu’il installe.

Le livre nous parle de solitude avec une douceur désarmante. Adam cherche sa place dans le monde, apprend à installer ses limites et découvre que vieillir ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Un livre philosophique touchant qui gagne à être lu plusieurs fois.

Tout va bien se passer de Powerpaola

Pour la petite histoire, c’est en lisant Changements d’adresses de notre artiste québécoise Julie Doucet que Powerpaola s’est mise à la bande dessinée. Comme Virus Tropical, livre basé sur son enfance, Tout va bien se passer fait l’effet d’être extrait d’un journal intime. Séparé en chapitres presque indépendants les uns des autres, le livre nous raconte quelques épisodes dans la vie de Paola, alors qu’elle se cherche comme artiste, comme amie et comme amoureuse.

Le livre, au sens narratif, peut manquer de cohésion et les chapitres peuvent sembler être racontés de façon aléatoire, mais ça n’enlève rien au plaisir de lire du Powerpaola. Lire ses livres donne l’impression d’écouter les confidences d’une amie. La finesse de son dessin (qui s’est raffiné depuis Virus Tropical), l’amour du détail, la beauté (et le malaise) du quotidien sont autant de qualités qui placent Powerpaola au rang des incontournables. L’Amérique latine est palpable. Si le rythme est musical (il y a beaucoup de chansons qui résonnent à travers les pages), l’auteure prend son temps. Elle aime faire des arrêts pour mettre l’emphase sur un élément et transmettre toute sa charge émotive Les événements nous sont racontés avec pudeur, mais générosité. Ses histoires sont simples et d’une émouvante authenticité.

Longs cheveux roux de Meags Fitzgerald

Comme l’ouvrage précédent, Longs cheveux roux peut se lire comme une série de vignettes dans la vie de Meags Fitzgerald. On se promène avec elle dans ses souvenirs à la recherche des fondements de son identité. Ainsi, on assiste à l’analyse de moments clés dans la construction de sa vision d’elle-même, de celle de la femme qu’elle croit devoir devenir et de celle qu’elle aimerait être.

Si les histoires de coming out ne sont pas rares, ce qui fait la singularité du livre est cette insistance sur l’orientation bisexuelle (queer est le terme préféré par Fitzgerald) et les aléas que l’auteure a dû traverser pour la découvrir. Sans prétendre avoir toutes les réponses, elle offre son vécu tel un fanal pour ceux qui amorcent une réflexion. Elle revient sur les événements avec un mélange d’observations personnelles et d’analyse sociologique (qui peut parfois avoir une petite touche trop didactique, mais les pistes amorcées sont si intéressantes qu’on lui pardonnera).

Le dessin de Meags Fitzgerald en est un assuré et libre, qui peut se modifier pour se plier au ton de l’auteur, passant aisément de l’exposé factuel au souvenir sensuel. Long cheveux roux est une ode à la féminité dans son unicité, dans sa mysticité, dans sa solidarité. À mettre dans les mains de nos adolescents(es).

Rose Normandin

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