Le Québec regorge de paysages somptueux où l’infini se perd à l’horizon. Entre ciel et mer, l’homme se cherche, incertain, vulnérable.

L’auteur Julien Gravelle travaille comme guide de plein air dans la région du Lac-Saint-Jean depuis 10 ans. Français d’origine, il a écrit deux livres, Musher et Nitassinan, parus aux Éditions Wildproject en France. Dans Debout sur la carlingue, Gravelle élève les spasmes du tremblement intérieur de l’homme en sa nature.

À contre-courant, l’homme et sa source se font violence. Agir contre ce qui nous définit ne peut que se revirer contre soi. En constante quête d’absolu, les racines jadis implantées en terre surplombent le sol pour s’hérisser vers un nuage de brume.

L’image est touchante quoique loin du combat réel de l’homme blanc, rouge de souche. L’homme de terre a creusé sa tombe. L’homme de cœur a nié ses propres battements.

Debout sur la carlingue entremêle les destins des hommes sans frontière, guerres territoriales où le sang de l’un fait naître l’autre. Se chercher à l’extérieur nous ramène parfois encore plus près de notre moi profond…

La carlingue?

Pour ceux qui, comme moi, ne le savent pas, la carlingue est la partie d’un avion formée de la cabine et du poste de pilotage. Elle peut aussi être la pièce de renforcement placée au fond d’un navire. L’homme, accablé par sa nature, a peine à trouver sa mission, le but de sa vie, à trouver un sens intime à son existence. Il est non seulement le reflet de son habitat, mais le résultat de celui-ci.

L’instinct se fait prisonnier des dogmes. L’homme tue les bêtes et finit par se tuer lui-même. L’homme fait partie de la nature et si la nature sombre, l’homme suivra.

– Et je lui laisse quoi, à mon fils? Quand il me demandera qui je suis, ce que j’ai fait, qu’est-ce que je lui répondrai?

– Tu lui diras que tu es et que tu as fait ce que tu as pu.

Plusieurs remises en questions forment notre parcours de vie. La naissance d’un enfant est souvent un point de non-retour, mais également l’occasion de se poser la question véritable à savoir ce que l’on veut de notre vie et ce que l’on veut pour nos descendants. Que reste-t-il de nos idéaux, de nos rêves? Que veut-on léguer aux générations futures?

Certes, nous avons le pouvoir de choisir, mais la vie n’est pas un fleuve tranquille et plusieurs remous peuvent se mettre au travers de la trajectoire espérée. Il arrive un temps où l’homme ressent le besoin viscéral de savoir d’où il vient, qui sont ceux qui l’ont mis au monde, quelle sont les traces indélébiles en son sang.

Lâcher prise, à quoi bon?

Adaptation; à qui, à quoi?

Nous sommes les conséquences de nos actions, mais aussi le résultat des actions de nos aïeuls. Sommes-nous prêts à assumer cet héritage? Qui plus est, certains éléments de notre vie nous déroutent : perdre un enfant, se perdre, perdre foi, perdre ses repères, perdre…

« Je n’avais pas vu mon fils depuis deux mois. Depuis ce jour où je m’étais heurté à une porte close. J’avais pris contact avec mon avocat, bien sûr. Il m’avait conseillé de rester patient. Ma patience, cependant, avait ses limites. Je n’en pouvais plus de l’attente, ces semaines à me demander s’il avait grandi, s’il pensait souvent à moi. »

On ne peut pas tout prévoir…

Perdre la boule

Se pardonner pour des fautes hors de notre contrôle pour reprendre le contrôle de sa vie. Avancer. Peu importe le chemin. Peu importe où la boule nous mène.

 « Je voulais aller vers l’Ouest, dude. J’avais déjà le parcours en tête. Sherbrooke, la Upper Peninsula, pis toute, mais la boule en a décidé autrement. Parfois, c’est toi qui décides du chemin, parfois c’est le chemin qui décide pour toi… »

On parle ici d’une boule de bowling. Oui oui! L’idée est exaltante! Seriez-vous prêt à suivre une boule de bowling? Peu importe où elle gravite? La suivre, même si elle ne suit pas la trajectoire souhaitée? Traverser tout terrain, toute saison, toute météo?

« T’as vu ça? demandai-je soudainement excité. J’ai visé une direction, elle est partie dans un autre sens, puis quand je me suis décidé à la suivre, elle a repris la direction que je voulais… »

L’imprévisibilité. Ouf. Pourtant, la vie est ainsi, non? On se fait une idée, un plan de vie, on suit les directives et BANG! La vie fauche! Sans pardon! On ne l’avait pas venu venir celle-là!

Mais a-t-on toujours le choix?

Debout sur la carlingue nous divulgue quelques aléas de la vie d’hommes bien ordinaires, « le commun des mortels », et force est de constater qu’une fois qu’on traverse le territoire de l’autre, les règles de vie alors écrites par soi-même, ne tiennent plus.

Doit-on s’adapter à l’autre ou tenir à sa trajectoire initiale?

Une mère qui refuse la garde partagée, un homme qui brise ses liens familiaux, les mélanges ethniques, les déportations, les coupures, les retrouvailles…

La boule qui roule amasse beaucoup de mousse! Et au nom de qui ou de quoi peut-on affirmer que notre idée est meilleure que celle de l’autre? Selon quelles normes, quelle culture, quelle croyance?

Debout sur la carlingue n’est pas un récit philosophique ni un roman qui dicte les douze règles pour être heureux. Il s’agit de courts textes qui parlent de l’adaptation de l’homme sur sa vie.

« C’est ça être heureux, s’exclama-t-il les bras levés vers le ciel, quand on a vraiment trouvé quoi faire de sa vie. »

N’oubliez pas que tout peut changer à chaque instant…

Prendre la vie comme un jeu et non comme une fatalité. Faire de son mieux… toujours!

Élizabeth Bigras-Ouimet

Debout sur la carlingue, Julien Gravelle, Éditions Leméac, 2015.