À l’heure où le débat sur la condition des Noirs aux États-Unis fait rage suite aux événements qui se sont déroulés à Ferguson, le premier long métrage du réalisateur Justin Simien, qui a reçu un Prix spécial du jury au festival Sundance, porte un regard sur les relations entre Noirs et Blancs dans les universités américaines. Il renverse la tendance et dénonce ouvertement les clichés entretenus dans notre société contemporaine.

Dear White People est aussi le nom de l’émission de radio qu’anime Sam White, une étudiante afro-américaine qui utilise ce média pour énoncer, sous forme de lettre ouverte, les stéréotypes sur les Noirs au sein du campus de l’Université fictive de Winchester.

Monté sous la forme de portraits qui se recoupent, Dear White People nous expose un panel de jeunes gens tout simplement en quête d’identité. Il y a Coco (Teyonah Parris), qui voudrait être blanche et célèbre juste en se lissant les cheveux; en parallèle, le très sexy Troy (Brandon P. Bell) – jeune opportuniste et fils du directeur – est une sorte de cliché sur patte de l’homme noir qui fait fantasmer les petites bourgeoises blanches avec ses attributs enchanteurs; le discret Lionel (Tyler James Williams), qui se cache derrière un afro surdimensionné et tente d’affirmer son homosexualité; ou bien encore Sam (Tessa Thompson), porte-parole de la communauté noire de l’Université qui n’assume pas sa relation avec un Blanc. On a la sensation que cette histoire d’amour tissée en toile de fond est là parce qu’il faut bien une histoire d’amour quelque part et quoi de mieux qu’une idylle à la Roméo et Juliette entre un blanc insipide, sans personnalité et une femme de couleur charismatique.

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À l’inverse, les Blancs se déguisent en rappeur noir et les filles en pseudo Beyoncé et tout le monde se questionne sur la notion de racisme. D’un bord comme de l’autre, quelle est la limite à ne pas franchir pour ne pas tomber dans la discrimination pure et dure? Qu’est-ce qui relève de l’ordre du stéréotype et qu’est-ce qui ne l’est pas? Tout cela reste flou et de mauvais goût. Mais il faut prendre le film à contre-pied, sa lecture doit se faire au deuxième, voire au troisième degré. Simien, qui dit s’être inspiré de sa propre expérience universitaire, caricature au maximum les personnages. Ce film qui se veut une satire n’exclut pas pour autant les réels problèmes raciaux qui existent, et les réactions suite à sa sortie l’ont malheureusement prouvé. Le réalisateur s’est fait traiter de raciste sur les réseaux sociaux, d’autres radicaux se sont servis du film pour affirmer haut et fort leur dégoût pour les neggers. Cela prouve bien qu’en 2014 nous sommes encore loin d’une égalité entre les « races » et le fait qu’un homme noir dirige les États-Unis ne change finalement pas grand-chose.

Mais j’émettrais tout de même un bémol sur l’ensemble du film, car malgré sa bonne volonté et son côté burlesque, l’engagement que l’on espérait n’est pas là. Peut-être que la caricature va parfois un peu trop loin pour permettre au spectateur de rentrer complètement dans le film, alors à certains moments, on s’ennuie. En revanche, on salue les références à Spike Lee et la qualité de la mise en scène avec ses plans grand-angle et ses ralentis qui instaurent dès le début un climat de voyeurisme.

Il n’en reste pas moins que, pour un premier film, Justin Simien peut être fier de son travail.

Attention, réalisateur à suivre.

Tiphaine Delahaye

Dear White People prendra l’affiche le 5 décembre 2014.