Crédit photo : Jean-François Sauvé

La tournée de l’album DEAD. de Dead Obies a culminé au MTelus, à Montréal, vendredi dernier.

À Noël, j’ai offert à ma sœur la chance d’aller au spectacle clôturant la tournée du nouvel album DEAD. de Dead Obies. Après plusieurs mois d’attente, nous nous sommes enfin présentés, billets en main, au MTelus. Si Jeune Loup était censé assumer la première partie, nous étions assez contents d’apprendre qu’elle allait plutôt être comblée par Obia le Chef, dont le premier album solo Soufflette a été maintes fois salué par la critique, et Mike Shabb qui avait procédé, dans son dernier EP, à un tournant mélodique que nous étions curieux de voir en live. Nous avons taillé notre place dans la foule. Le parterre s’est rempli dans les trente dernières minutes précédant le début du spectacle, et, comme toujours, Dead Obies a eu l’audace de rassembler plusieurs publics, des jeunes mélomanes aux vieux et vieilles de la veille.

Obia le Chef

Obia le Chef est entré sur scène en douceur, dévoilant deux nouvelles pièces, puis le rythme s’est accéléré alors que les hits de Soufflette ont défilé les uns après les autres; nous avons même eu la surprise de voir Rowjay, un rappeur de Saint-Léonard, faire son apparition pour la chanson «Zéros». Ma sœur et moi avons remarqué qu’Obia le Chef était un de ces rappeurs qui réduisent leurs mouvements et leur chorégraphie au minimum, mais dont la voix juste et modulée supplante aisément l’autotune qui joue à l’arrière-plan. Alternant ainsi entre des moments dansants («Pas né», «DDLD») et d’autres plutôt trap («CQJVD», «Scuse», «Queuleuleu»), le rappeur a créé un momentum au cours duquel la foule s’est séparée en deux pour laisser aux spectateurs la chance de faire la queue leu leu sur la piste éponyme.

Mike Shabb

C’est alors que Mike Shabb a pris la relève, sous nos applaudissements enthousiastes : on se souvenait de sa présence au dernier passage de Dead Obies au MTelus. Il avait fait lever la foule en compagnie du lit gang au grand complet – il faut s’imaginer ici une douzaine de personnes dansant, chaotique, autour de Mike Shabb, le seul à avoir un micro. Cette fois-ci, il était seulement accompagné de Kevin Na$h, dont la voix soutenait les back vocals et les ad libs de Mike Shabb. Ce dernier a mis l’accent sur son nouvel EP Newave et les incontournables de son premier disque Northwave, qui font chaque fois éclater le parterre en un énorme mosh pit. Je disais plus haut que j’étais curieux de voir la performance de Mike Shabb en ce qui avait trait aux flows mélodiques de ses nouvelles compositions. Sans surprise, le jeune rappeur a laissé jouer à plusieurs reprises le beat sans chanter lui-même les parties aiguës ou trop rapides. Contrairement au lyrisme d’Obia le Chef, cette manière de performer, qui relève d’une autre tradition de la scène rap, met de l’avant l’intensité de la musique. Mike Shabb et Kevin Nas$h, électrons erratiques, tournent, sautent partout, entraînant la foule dans leur mouvement. Dead Obies ne s’est jamais trompé en invitant un membre du lit gang pour réchauffer le MTelus. Nous étions d’ores et déjà couverts de sueur, inondés par l’adrénaline des coups de coude et des mosh pits.

Dead Obies

Soudainement, le sample d’ouverture d’«Oh boy» débute, et Dead Obies s’échappe de la noirceur des coulisses en cadence avec la première note de basse. Ils ont poursuivi avec «Runaway», imitant ainsi l’enchaînement de l’album, pour ensuite dévier sur un ordre plus propre à la dynamique d’un spectacle. Avec le recul, je dirais que le concert a été divisé en trois parties : une montée initiale grâce aux pièces du nouvel album, une seconde vague comportant les nouveaux sons et les classiques de Dead Obies («Montréal $ud», «Explosif»), puis un déferlement final avec le rappel, au cours duquel nous avons pu pratiquer l’agressivité de nos bousculades ou notre résilience aux mosh pits – c’est selon – sur les singles «Monnaie», «Break», la pièce de Joe Rocca «Showbizz» et l’immanquable «Tony Hawk».

En plus des chansons tant attendues, Dead Obies a «révélé» plusieurs pistes («C’est quoi les bails», «Bird» (titre provisoire), «Look @ My Life»). Si je mets des guillemets ici, c’est parce que les habitués ont déjà entendu à plusieurs reprises ces pistes lors des performances précédant la parution du nouvel album. Il s’agissait donc moins d’exclusivités que de pièces réservées aux concerts. Par ailleurs, j’ai été agréablement surpris par la réception d’«André». D’aucuns disaient que cette pièce allait remplacer «Tony Hawk» au titre de la reine du mosh pit, mais loin d’enflammer la scène, j’ai plutôt senti que nous assistions à un exercice de style, où rimes complexes, rapides, multisyllabiques s’enfilaient.

Les nouveautés du concert étaient beaucoup moins ostentatoires que celles de l’année passée. Le groupe, rappelons-le, avait organisé un défilé de mode et une diffusion des coulisses en direct. Le mot d’ordre de la scénographie était donc la simplicité : quatre colonnes étaient disposées aux quatre coins de la scène et accueillaient des projections éclectiques; le beatmaker VNCE Carter, plongé dans l’ombre au centre-arrière; et, enfin, devant lui, les deux choristes qui se sont ajoutées au MCs, Sarah M.K. et Judith Little-Daudelin. Par ailleurs, le départ de Yes Mccan a causé une nouvelle répartition de l’espace scénique, disait Dead Obies en entrevue à Ghetto Erudit, et cela a été manifeste durant la prestation de vendredi; on sentait qu’ils avaient tous plus d’espace pour reprendre leur souffle et que la disposition des rappeurs sur la scène était plus réfléchie : souvent, l’un d’eux se tenait au centre durant son couplet, et les autres se plaçaient en éventail autour de lui, dans une symétrie renforcée par les quatre colonnes illuminées.

Mentionnons, enfin, la mise de l’avant de VNCE Carter à titre de rappeur. Si on le connaissait bien sur «Explosif», il se charge désormais du refrain de «F1» et de «Bird». Mis sous les spotlights, le beatmaker gagne de plus en plus d’assurance et se démarque par ses flows et ses mouvements nonchalants, mais dont la rareté suscite, comme une dent en or, l’attention et l’ardeur des spectateurs.

– Cédric Trahan

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