La Peuplade, avec sa ligne éditoriale qui favorise la mise en scène du territoire et de la ruralité, publie le recueil de poésie De rivières, premier livre de Vanessa Bell. On peut y trouver une voix engagée qui aborde la sororité, mais aussi l’amour et la résilience d’une femme, ou peut-être même de toutes les femmes. Cette poésie ne s’ancre pas, elle s’écoule depuis une montagne.

Couler ou flotter avec les mots

Alors qu’elle puise son inspiration dans les rivières, la voix poétique nous fait traverser quatre tableaux. Le premier, en apparence hors de l’eau, fait l’état d’une relation tumultueuse avec un « tu » : « ton dos un ressac / ne reste que la haine / le dégoût du vivant / et l’envie de ton sexe / au moment de partir tu n’as rien dit / tu es parti ». Cette rupture mène tout droit au tableau intitulé « Ce vent », où la voix poétique est en péril, cherche une échappatoire. « Pour survivre / j’ai sorti / tout le linge des placards des tiroirs / même celui des autres ». Les deux derniers tableaux (« Grosse roche » et « Jusqu’où c’est profond ») forment une descente jusqu’au lit de la rivière, endroit où la narratrice s’épanouit et se confie, espère et lègue.

Vanessa Bell convie son lecteur/sa lectrice à entreprendre des actions poétiques avec elle. « Allons dehors / soyons droits / mettons fin à la parole ». C’est toujours dans cet esprit de communauté et d’action collective qu’opère son discours versifié. De sa parole féministe, elle s’adresse à « ses filles » comme dans un testament suite à un échec qu’on peut ressentir dans les deux premières parties. « À mes filles / je lègue peau de chagrin / mon corps faillible / j’ai porté ce qui pouvait ». Il s’agit ici de (re)donner le flambeau aux prochaines figures d’un mouvement qui doit porter sa parole plus loin. Il y a là l’acceptation des douleurs passées et une résilience tenace à surmonter ensemble ce qui doit conduire à « un ailleurs souverain ». La finale de ce recueil, explosive, conclut ce livre, mais ouvre certainement à la résurrection de cette voix nouvelle qu’a Vanessa Bell.

De rivières est une plaquette de poésie douce-amère qui peut voyager avec son lecteur pour un enchaînement de lecture, au même titre qu’on écoute une même chanson encore et encore.

– Victor Bégin

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