Au-delà de la trop grande blancheur et du manque total de reconnaissance envers l’apport des actrices et acteurs issus de la diversité culturelle à la 88e édition de la cérémonie des Oscars, et ce, pour une deuxième année de suite, se trouvent deux catégories qu’on garde souvent à l’ombre des autres : les courts métrages. Puisque ce n’est pas parce qu’on est court qu’on ne peut pas être grand, une « multiethnicité » découle des catégories Meilleur court métrage d’animation et Meilleur court métrage de fiction et mérite notre attention. Le Cinéma du Parc en profite donc, comme à son habitude, pour leur offrir un écran privilégié dès le 5 février. C’est votre chance de voir un excellent programme double.

Animation

L’historique des nommés et des gagnants de la catégorie Meilleur court métrage d’animation, créée à la 5e édition des Oscars dans les années 30, démontre à quel point les grands studios étasuniens, toujours très présents, sont désormais de plus en plus entourés par des joueurs étrangers, tout aussi éblouissants dans leur création. Alors que les œuvres de Disney, de Warner ou de la Metro-Goldwyn-Mayer remportaient la plupart des honneurs et étaient les premiers maîtres de l’animation mondiale, peu à peu les portes se sont ouvertes vers l’extérieur. L’on peut évidemment penser aux films soutenus par l’Office national du film du Canada qui obtiennent près d’une trentaine de nominations, dont six Oscars pour cette catégorie spécifiquement en plus d’un Oscar honorifique. On a également vu s’installer notre Frédéric Back en 1980, Pixar en 1986 et Aleksandr Petrov, le créateur russe, en 1989.

Prologue : une animation aux multiples traits de crayon d’une violence intense.

Prologue : une animation aux multiples traits de crayon d’une violence intense.

Cette année, divers sujets sont explorés et de multiples supports sont utilisés dans les cinq œuvres retenues pour la grande finale, rendant l’expérience de visionnement encore plus grande. Au menu, la Russie, la Grande-Bretagne, le Chili et deux courts métrages d’animation provenant des États-Unis se livrent bataille pour la plus célèbre des récompenses cinématographiques. Et les nommés sont :

  • Sanjay’s Super Team de Sanjay Patel produit par les studios Pixar sous la collaboration de Nicole Paradis Grindle. Un court sensible et drôle où un enfant tente d’harmoniser deux univers : celui des superhéros et celui de ses racines hindoues. L’animation est dans la pure tradition de Pixar.
  • Bear Story de Gabriel Osorio Vargas et Pato Escala Pierart. Une histoire triste où un ours révèle un passé difficile. C’est la première fois qu’un film chilien est nommé dans cette catégorie.
  • Prologue de Richard Williams et Imogen Sutton. Animation aux multiples traits de crayon d’une violence intense puisque l’histoire se situe il y a 2 400 ans lors de la guerre dans la Grèce antique. Son réalisateur, doyen de la catégorie, est par ailleurs triple médaillé d’un Oscar ainsi que de plus de 250 autres prix internationaux. Il a entre autres travaillé sur les films Le retour de la Panthère rose (1975) et Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988).
  • We Can’t Live Without Cosmos de Konstantin Bronzit et des studios d’animation russes Melnitsa. Ayant eu sa première au Festival des films de San Francisco en avril 2015, l’œuvre relate l’histoire de deux cosmonautes inséparables en entrainement vers leur rêve.
  • World of Tomorrow de Don Hertzfeldt. Probablement le court métrage d’animation le plus simpliste sur le plan des dessins – et je suis loin de le mentionner à titre réducteur, mais le plus profond en ce qui a trait au scénario. Celui-ci nous transporte dans un univers de science-fiction où la jeune Emily se fait contacter par une adulte d’une troisième génération de clone d’elle-même, afin de lui parler de son futur. Certains admirateurs de La jetée de Chris Marker pourraient être éblouis devant le discours qui se dégage de World of Tomorrow, d’autres pourraient être assommés par la densité de l’aspect futuriste qui entoure le film.

Fiction

Tout comme son homologue du côté de l’animation, le court métrage de fiction a eu droit à une transformation d’ouverture vers le monde tout au long de l’histoire de sa catégorie aux Oscars. Par contre, son titre officiel a changé afin de s’adapter à l’évolution technologique cinématographique. De la couleur aux nombres de bobines – donc de durée – la catégorie a officiellement pris le titre de Best Live Action Short Film, que l’on adapte par Meilleur court métrage de fiction. Parmi les grands noms qui y ont été récompensés, l’on pense à Mack Sennett, icône de la réalisation du cinéma muet, né au Québec, du réalisateur français Alain Resnais (Van Gogh en 1950) et de la réalisatrice britannique Andrea Arnold (Wasp en 2005).

Le film Shok du réalisateur britannique Jamie Donoughue nous plonge dans la haine ayant fait rage lors de la guerre du Kosovo en 1998 à l’aide de deux jeunes protagonistes.

Le film Shok du réalisateur britannique Jamie Donoughue nous plonge dans la vie de deux jeunes protagonistes pendant la guerre du Kosovo en 1998.

Alors que l’animation permet souvent de sortir notre imaginaire des sentiers battus et le projeter dans des univers singuliers, les nommés de cette année se retrouvant dans la catégorie Meilleur court métrage de fiction nous plongent en majorité de façons souvent brutales dans une réalité dure et sans issues simples, et ce, à l’intérieur d’une diversité de sujets. Cette fois, les nommés sont :

  • Ave Maria de Basil Khalil et Éric Dupont. Cette coproduction entre la Palestine, la France et l’Allemagne nous plonge dans l’univers de cinq religieuses vouées au silence, établies dans les terres de la Cisjordanie et qui se font troubler leur paix par une famille juive égarée lors du Sabbath. Le film a été présenté en compétition à Cannes, du côté des courts métrages, l’an dernier. Une œuvre cocasse et sympathique.
  • Day One d’Henry Hughes et Michael Steiner. Basé sur une histoire vraie, le court réalisé par Henry Hughes, qui a servi auprès de l’armée américaine en Afghanistan en 2009, illustre la première journée de travail d’une interprète accompagnant des soldats lors d’une mission. C’est l’un des films durs émotionnellement de la sélection.
  • Everything Will Be Okay (Alles wird gut) de Patrick Vollrath. Brillamment interprété par les deux acteurs principaux, dont la très jeune Julia Pointner, ce film présenté à la 54e édition de la Semaine de la critique à Cannes raconte l’histoire d’un père qui récupère sa fille pour une fin de semaine; très vite, celle-ci découvre son plan dramatique.
  • Stutterer de Benjamin Cleary. Seul film à connotation romantique au programme, il est parfait pour une pré-St-Valentin. Doux, rigolo et avec beaucoup de charme, le premier court métrage de ce réalisateur et scénariste irlandais met en scène un Greenwood, un jeune homme qui n’a, outre son père, qu’une seule connexion réelle avec le monde externe étant donné un handicap. Mention spéciale pour le montage.
  • Friend (Shok) de Jamie Donoughue. Fin des années 1990, lors de la guerre du Kosovo, deux jeunes garçons, Petrit et Oki, amis inséparables, expérimentent l’intransigeance de l’armée serbe. Le film le plus dur de toute la sélection avec une solide direction photo et une finale à mettre en bouillie la plupart des cœurs humains.

Tous les gagnants seront dévoilés lors de la cérémonie des Oscars le 28 février prochain. En attendant, vous êtes invités à aller voir les projections de ces deux programmes au Cinéma du Parc dès vendredi.

 Julie Lampron

Les courts métrages en nomination aux Oscars seront présentés du 5 au 11 février au Cinéma du Parc.
Pour l’horaire complet, c’est ici.