Crédit photo: Claire Harvie

Pouces levés et chapeau à Tangente, qui permet chaque année à de jeunes chorégraphes de présenter une œuvre dans un contexte professionnel, devant un large public et des journalistes. Six dossiers sur 30 ont été retenus pour être présentés au Monument-National, du 13 au 16 décembre, dans le cadre de Danses Buissonnières.

Sang neuf et idées fraîches

Deux des créations m’ont semblé très fortes et me donnent envie de sortir le cliché « des talents à surveiller ». C’était réjouissant de voir que des artistes s’engagent avec passion et potentiel dans la voie de la danse contemporaine, qui n’est pourtant pas reconnue pour sa facilité.

I’M FAKING IT

Adam Kinner, chorégraphe et interprète, commence son œuvre en disant « When I think about sex… », ce qui est suivi d’un timbre sonore prolongé. Un début énigmatique, à l’image de sa création, qui emprunte au tragi-comique et au surréalisme. Le jeune homme enchaîne avec des gestes décousus, non reliés à sa parole. Par exemple, il annonce qu’il va danser alors qu’il reste sur place à grimacer. À un moment, une enseigne aux caractères rouges s’allume derrière lui (I’M FAKING IT), alors qu’il fait mine de se poignarder.

Par cette œuvre, Adam Kinner souhaite s’interroger sur l’authenticité de la parole et de l’identité. Doit-on toujours être identique à soi et rester fidèle à ses croyances pour être authentique? Ou faut-il, pour rester vrai, être prêt à se remettre en question au point de changer? Une réflexion pertinente et inhabituelle en danse actuelle. Bravo!

 

CAKE

Dans un tout autre registre, la chorégraphe Audrey Rochette livre une œuvre exubérante, d’un humour aigre-doux. Au départ, les trois personnages (un homme et deux femmes), placés en avant de la scène, attirent l’attention en gesticulant, sautant et en se touchant pendant que l’homme crie « Let’s make a cake!!! ». Dans la scène suivante, ce dernier prépare un gâteau Betty Crocker en assurant qu’il sera unique et le meilleur de tous. Les danseuses plongent leurs mains dans la farine avant de bouger sensuellement (c’est le moins qu’on puisse dire!). À la fin, l’homme recouvre son torse du mélange à gâteau tandis que les femmes, couchées sur la scène, lèchent leurs doigts en gémissant.

Audrey Rochette critique, par le biais de CAKE, l’injonction à l’originalité ainsi que le « marketing de la provocation » omniprésents en l’art actuel. Une démarche intéressante, des interprètes talentueux, une œuvre à la fois ludique et intelligente… que demander de plus?

Des croûtes à manger

Si les autres créations avaient toutes leur « petit quelque chose », elles laissaient avec une impression d’inachèvement. L’œuvre Cycle de Kimberly de Jong était captivante par moments, en particulier lorsque les deux danseurs, affublés d’un collier Élizabeth (sorte d’entonnoir que certains font porter à leur chat ou chien), tentent de s’embrasser (sans succès, bien sûr). Cela dit, la thématique du cycle de l’existence reste quelque peu usée.

Les duos Rond-point (Rosie Contant et Frédéric Wiper) et Alliage Composite (Élise Bergeron et Philippe Poirier) m’ont fait passer un bon moment, mais ne laisseront pas de souvenirs indélébiles. Ces deux chorégraphies distinctes, plutôt classiques, s’intéressent à l’interrelation et l’équilibre relationnel. Rond-point présente la richesse de la rencontre tandis qu’Alliage Composite semble mettre en garde contre l’interdépendance.

Enfin, la création d’Annie Gagnon, intitulée 2._, n’était pas ma tasse de thé. Sur fond de musique new age, deux femmes dansent, tantôt en duo, tantôt en solo. Par moments, elles tentent de faire les mêmes mouvements simultanément, ce qui est plus ou moins bien réussi. La chorégraphie, somme toute banale, se termine lorsqu’une pluie de cendres est versée sur une danseuse. Une fin trop symbolique, qui exprime sans subtilité ce que les spectateurs avaient déjà compris : 2._ évoque la fragilité de la vie.

– Edith Paré-Roy