21 nouvelles, 21 instantanés qui évoquent les frictions qui surgissent quand tout ne s’emboîte pas comme dans les scénarios à la Disney. Avec Dans le noir jamais noir, Françoise Major nous offre un premier recueil qui expose les mécanismes de la désillusion dans une langue directe et lucide. Les personnages, les situations et même les positions d’énonciation varient pour passer en revue le large spectre des problèmes des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des familles et des innombrables solitaires. Ici, rien ni personne n’est épargné par le miroir de la triste réalité, mais ces défaites quotidiennes ne sont pas tant blessures que règles à part entière du grand jeu de la vie.

Une vieille femme qui refuse de jeter quoi que ce soit; un homme qui rencontre, une fois de plus, l’amour de sa vie; une soirée d’anniversaire qui n’a rien de mémorable; un tic qui se transmet de mère en fils; telles sont les situations auxquelles nous convie l’auteure. Les personnages préfèrent souvent le silence à la révolte, parce qu’on ne peut être de tous les combats, parce qu’entre deux maux on choisit le moins pire. Major a le don de décrire en peu de mots ce décalage des attentes qui meuble les relations sociales, mais aussi la résignation de ceux qui n’aspirent même plus à s’épanouir à travers l’autre, sans tomber dans le misérabilisme pour autant.

La description reste le meilleur outil de l’auteure pour transmettre ce malaise, et elle ne se gêne pas pour entrer dans les détails, quitte à choquer. Par ailleurs, l’approche des relations sexuelles est assez pornographique et s’oppose au discours dominant qui prône le sexe comme voie royale vers le bonheur. Néanmoins, le cliché n’est jamais loin, et la femme est encore une fois mise en scène en état de dépendance du désir de l’homme, désir qui devient un mal nécessaire pour qu’elle réussisse à faire taire sa propre insécurité. Car l’acte sexuel est souvent présenté comme une tâche bien plus que comme une envie, tâche que la femme accomplit pour s’acheter du temps ou parce que c’est ce qu’on attend d’elle.

Si certaines nouvelles se répondent en écho (« Moins mille » et « Cinquante degrés Celsius », « Jellyfish sous les néons » et « Jusqu’au bortsch »), la plupart posent un regard original sur des situations auxquelles le lecteur peut s’identifier aisément. Il n’est pas question d’avoir raison ou tort, de gagner ou de perdre, mais seulement de continuer à avancer malgré les accrocs quotidiens. En cela, Dans le noir jamais noir est un recueil rafraichissant qui mérite qu’on y jette un coup d’œil.

– Chloé Leduc-Bélanger

Dans le noir jamais noir, Françoise Major, Éditions La Mèche, 2013, en librairie le 8 octobre.

Lancement conjoint avec Autobiographie de l’esprit d’Élise Turcotte le 22 octobre au Pub L’Île Noire à 17h30.