5 pi 8, deux enfants. Lion ascendant Lion. Plat préféré : la pâté au saumon de sa mère. Dans le public de la Grande Licorne, ladite mère, surprise, pousse un soupir d’émoi alors que le maître de jeu, Simon Boudreault, poursuit son « Saviez-vous que… » au sujet de l’autrice Catherine Léger. Musiques préférées : le jazz, L’aigle noir (version Marie Carmen), Loadé comme un gun d’Éric Lapointe reprise par… Jean-Pierre Ferland?! Pourquoi pas! Ce serait assez tordant en effet.

Sous la supervision de Simon Boudreault, idéateur du concept « Dans la tête de… », cinq acteurs-improvisateurs plongeront dans l’univers d’un auteur contemporain. Les règles du jeu? Les comédiens devront lire trois œuvres de l’auteur pour s’imprégner de son écriture, le choix des œuvres étant à la discrétion de l’auteur. Ce dernier, faisant office de spectateur et de guide lors des caucus, il a le droit d’intervenir durant une improvisation pour partager ses indications scéniques. De plus, il sonne la fin des impros grâce à sa voix pré-enregistrée sifflant « Ok, c’est fini ». Accompagnés sur scène du musicien Éric Desranleau, les acteurs Sophie Cadieux, Nicolas Michon, Sébastien Rajotte, Simon Rousseau et Marie-Hélène Thibault ont brisé la glace avec l’humour grinçant de Catherine Léger. Pour leur immersion, l’autrice avait choisi les pièces : J’ai perdu mon mari, Deux femmes en or et Filles en liberté.

Des défis de taille

D’abord, le maître de jeu ne se limite pas aux trois œuvres choisies par Catherine Léger. Au contraire, dès la première improvisation, Marie-Hélène Thibault tient entre ses mains le texte de Princesses ; Sophie Cadieux improvise les répliques. Princesses, c’est l’histoire de trois sœurs compétitives désirant assouvir leurs fantasmes juvéniles de bataille et de fuite, les trois se ramassant à cavaler dans les rues du centre-ville de Montréal. Mais au départ, autant les actrices que le public l’ignore, à moins de connaître l’œuvre entière de Léger, la pièce datant de 2011. La pression reposant sur ses épaules, Sophie Cadieux est tout simplement épatante. Elle occupe l’espace, déplaçant les chaises sans raison, son ton et ses répliques s’harmonisant plutôt bien à celles de Thibault. C’est fluide et surtout très drôle, compte tenu de l’irréalisme de la scène elle-même. On apprend ainsi que le personnage de Cadieux, une pharmacienne, s’est battue avec sa collègue de travail. Cadieux respecte d’ailleurs une particularité propre aux textes de Catherine Léger : des personnages féminins imparfaits et emplis de contradictions qui désirent seulement se libérer, s’émanciper.

Les étoiles du match

D’ailleurs, si l’on devait nommer des joueurs étoiles, Sophie Cadieux et Nicolas Michon gagneraient à coup sûr. Dans le cas de Cadieux, pensons notamment à son tour de force lors de la première impro, mais également à celle avec Sébastien Rajotte. Une femme découvre que son mari croit aux extra-terrestres et le juge. Cadieux a le sens du lead, de la répartie et de l’écoute. Elle mémorise les détails pour mieux les remettre sur la table, et ce, dans le but d’aider son partenaire de jeu.

Quant à Nicolas Michon, il fait un excellent pince-sans-rire avec son visage insondable et sa posture statique. Dans l’improvisation intitulée « Pousse, mais pousse égal », il est le roi des répliques absurdes. « C’est pas moi qui vous sert, vous êtes simplement servis », s’exprime-t-il à ses clients (Rajotte et Rousseau) alors que c’est lui le tenancier du bar, servant des tisanes à la camomille et de la Boréale rousse.

Coups de cœur

L’impro « Police partout, justice nulle part » regroupe Rousseau, Cadieux et Michon… genre de cercle amoureux entre un graffiteur, une marxiste et un faux policier… D’ailleurs, c’est l’impro durant laquelle Catherine Léger intervient, ajoutant des degrés de complexité aux acteurs qui doivent broder – haut la main – autour des revirements de situation.

La thématique des « répliques à plugguer », est certainement l’improvisation où les acteurs (Cadieux, Rousseau, Michon et Thibault) semblent éprouver un plaisir fou à jouer, tout autant que le public, ébahi par la cohérence de l’histoire qui se dessine sous leurs yeux. Un condo avec vue sur les Plaines. Une stagiaire en compagnie de celui qui semble être son patron, et l’épouse de ce dernier qui débarque promptement. Une impro dont on ne se lasse pas, attendant de voir l’acteur triomphant se départir de son papier, un sourire espiègle au coin des lèvres.

Chapeau également à Marie-Hélène Thibault pour son interprétation « à la manière d’une fille saoûle chantant du Éric Lapointe dans un karaoké ». À l’image d’un bar trash où karaoké et danse poteau (tabouret dans ce cas-ci) s’entremêlent, l’actrice s’époumone à servir des leçons de sexualité puisque le thème est « éducation sexuelle des jeunes filles ». On nage littéralement dans une scène surréaliste teintée d’une absurdité légendaire.

Enfin, si certains thèmes d’improvisation devraient être révisés, notamment celui des cinq mots les plus employés dans les pièces de l’auteur, (on félicite le travail de recherche exceptionnel), toutefois le compte-rendu est somme toute banal, redondant et lassant. Il n’en demeure pas moins que l’on espère voir ce concept s’inscrire dans les traditions du Théâtre La Licorne, tout comme ces fameux 5 à 7. La Licorne est décidément le théâtre qui planche fort pour se renouveler et attirer un public diversifié.

Le prochain auteur, (on risque de s’érailler le gosier à force de rire à gorge déployée), sera Fabien Cloutier, suivi de Jean-Marc Dalpé, François Archambault, Pierre-Michel Tremblay et Jean-Philippe Lehoux, auteurs en résidence de La Manufacture. On revient également pour Marie-Soleil Dion qui était absente en raison d’une vilaine laryngite attrapée lors de la soirée des Gémeaux, faut croire. Félicitations à Sébastien Rajotte appelé trois heures avant la représentation pour la remplacer. À bientôt !

Edith Malo

Dans la tête de… , une production de Simoniaques Théâtre en codiffusion avec La Manufacture. Pour connaître les prochaines soirées, c’est ici.

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