Crédit photo: Théâtre du Trident

Le rideau s’ouvre (littéralement) sur une fausse scène de plage. Une piscine au lieu de la mer, des palmiers en plastique, des copeaux de bois au lieu du sable. C’est le réveillon de Noël. On mange du poulet dans une boîte en carton au lieu de la dinde, on porte à ses lèvres des verres déjà vides, on s’échange des cadeaux inutiles.

Mais surtout, on fait croire aux autres qu’on est heureux. Malgré la grossesse non désirée, malgré la vie qu’on s’invente, malgré la porno qu’on achète pour son mari, malgré le début de surdité, malgré la jalousie et l’envie qui rendent amer, malgré l’ambiance familiale malsaine.

C’est quand on se le fait dire en pleine face que ça explose. Et ça explose dans un tourbillon digne d’un vidéoclip réalisé par quelqu’un qui aurait pris de la drogue. Six chansons aux paroles absurdes, d’un humour décalé et grinçant, accompagnées d’un beat Casio. Superposition de la vraie (fausse) vie des personnages et de leurs alter egos en poupées Barbie, sur décor de carton envahi par le feu et la fumée.

Pis la seule manière de dealer avec cette vérité crue, c’est bien sûr d’essayer de se convaincre que ce n’est qu’une illusion, que finalement on est heureux comme ça.

C’est pas long que le retour du balancier se fait sentir. Ceux qui disent leurs quatre vérités aux autres sont pas plus heureux que le reste du monde.

Mon grain de sel personnel: je catch pas grand-chose à l’absurde, car pour ceux à qui ça plaît, ça a l’air d’être drôle à en rire à gorge déployée. Une chose est sûre, je suis très heureuse que le Trident prenne un tel risque. L’institution théâtrale de Québec tranche avec sa longue tradition de pièces prudentes, choisies pour plaire au plus grand nombre. Même si celle-ci n’est pas à mon goût, j’ai bien hâte de voir le reste, cette année et dans les années à venir.

Ariane Hivert

Dans la république du bonheur est présenté au Théâtre du Trident à Québec jusqu’au 7 février 2015 et à la Place des Arts à Montréal du 19 au 28 février 2015. Texte de Martin Crimp, mise en scène par Christian Lapointe, une coproduction du Théâtre Blanc.