Auður Ava Ólafsdóttir, qu’on a découverte en français avec la traduction de son roman Rosa Candida, revient à la charge avec un nouveau titre, Miss Islande, chez Zulma, son éditeur principal en français.

Le portrait sobre des années 60 en Islande

Hekla, nommée ainsi après un volcan, quitte la région des Dalir pour gagner la capitale, Reykjavík. En chemin, elle fait la rencontre d’un vieil homme travaillant pour les concours de beauté qui l’invite à participer à Miss Islande. Il reviendra d’ailleurs à quelques occasions pour réitérer son offre, chose qu’elle déclinera chaque fois. Hekla le volcan est une auteure, une poète. Elle a publié dans plusieurs magazines et journaux sous des pseudonymes d’hommes. Elle constate avec son premier copain, lui-même poète autoproclamé, et les valeurs conservatrices du pays encore en ces années que son rêve d’écrire est farfelu. Mais elle ne se décourage pas, elle s’entoure de son meilleur ami homosexuel Jón John, affectueusement surnommé DJ Johnsson, et de son amie Ísey, jeune mère de vingt-deux ans.

L’autrice de Miss Islande joue bien sur la nostalgie des années où la couture brillait, où l’on se promenait encore en bateau entre pays parce que l’avion était toujours excentrique. Elle décrit tout aussi bien le quotidien des pêcheurs :

De jeunes gens en blue-jeans et cuissardes s’attaquent aussitôt à la bête en brandissant d’immenses couteaux, les voilà qui l’ouvrent pour en extraire la couenne et le gras, les lames scintillent au soleil d’automne. »

Même si ses passages sont courts, elle applique en finesse ses images et la concordance des émotions des autres. Pourtant, Hekla est presque toujours silencieuse, à l’écoute en mode passif. Ólafsdóttir a souvent un protagoniste qui agit ainsi, qui ne parle pas beaucoup.

On a pu faire le rapprochement avec Jónas dans son roman précédent, Ör. Cette absence de ressenti pèse un peu plus lourd dans Miss Islande. Alors que dans Ör, l’état suicidaire du personnage expliquait bien la distance avec ses sentiments, on comprend mal le choix de l’autrice de rendre un personnage féminin fort plutôt muet. Peut-être est-ce justement la critique qu’elle souhaite mettre sur pieds en ne donnant pas le beau rôle révolutionnaire à sa protagoniste?

Ce sont les personnages secondaires qui ont le beau jeu de nous dévoiler leur intériorité. Ísey le fait remarquablement bien en mère en détresse. Elle partage beaucoup avec son amie, parle parfois sur plusieurs pages sans s’arrêter. C’est la surprise du récit d’Ólafsdóttir. On en vient même à se dire, en tant que lecteur, que c’est elle qui est réellement auteure et non Hekla. En contrepartie, le personnage de Jón John tend à tomber dans la parodie et le cliché, dans la pitié. Oui, c’est dur être une femme en 1960. Il ajoute que c’est dur être un homosexuel. C’est certes vrai, mais il insiste tant et tant, s’apitoie sans arrêt.

On a l’impression qu’Ólafsdóttir sait autant bien écrire sur la femme qu’elle ne sait pas écrire sur l’homosexuel. Comme si elle ne connaissait en somme pas vraiment la réalité de ces individus. Elle creuse très peu dans cet univers qui est pourtant vaste et riche, elle se contente d’énoncer certains faits. C’est la partie décevante du récit.

En bref, elle arrive somme toute à fabriquer une histoire qui donne envie de connaître sa fin. Certaines phrases restent en tête : « Tu ne laisses rien affleurer à la surface. » Était-ce donc cela, son plan de roman? Pas son meilleur, mais pas son pire. On continue de suivre son écriture avec enthousiasme!

Victor Bégin

Miss Islande, Auður Ava Ólafsdóttir, Éditions Zulma, 2019

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