La Licorne continue son histoire d’amour avec Dennis Kelly à travers la loupe de Fanny Britt grâce à Les filles et les garçons, un solo porté par Marilyn Castonguay. Au menu? Le triste constat d’un amour foudroyant qui se transforme, au fil des ans et des déceptions, en sanglante bataille des sexes.

Il est difficile de parler de cette pièce sans révéler la nature du dernier acte. On devine quelques violences, quelques trahisons, mais le potentiel ravageur du sujet n’est que très peu annoncé. Ainsi, certains spectateurs pourraient passer près de la crise de panique (comme ma voisine de fauteuil) en le découvrant. Mais en disant cela, je ne voudrais pas nuire à un spectacle nécessaire et à la conversation qu’il ouvre sur un sujet malheureusement tellement d’actualité chez nous. On ramène donc le fameux débat autour des alertes aux déclencheurs. Dans la nécessité d’aborder collectivement des sujets délicats sans occulter l’empathie, faudrait-il mettre en place des mises en garde avant certaines œuvres, quitte à perdre des joueurs dans le processus? Ou faut-il faire fi des sensibilités de chacun en abordant toute douleur de plein front?

Dans sa mise en scène, Denis Bernard joue d’abord les amadoueurs en installant une ambiance imitant un TED Talk ou un spectacle d’humour. L’actrice établit son aura, le public (sur bandes) est en délire. L’humour est au premier plan, on ne se méfie pas, ce qui rend l’impact du drame encore plus efficace. Le propos est lentement dévoilé, nous parlant d’abord des difficultés que rencontrent les femmes essayant de jumeler histoire d’amour, projet familial et ambition professionnelle.

À la façon du texte, la scénographie ingénieuse d’Olivier Landreville se révèle progressivement, permettant d’avoir peu à peu accès au personnage et à son passé. La pièce fait état des pièges qui jalonnent les relations amoureuses, essaie de faire la genèse de la passion, de la jalousie, de la violence, la confiance en soi à construire chez l’épouse, l’égo fragile à préserver du mari. Il y a quelque chose d’encourageant à retrouver ce discours féministe de la plume d’un homme, d’entendre le sexisme ordinaire de nos sociétés nommé par ceux qui en profitent. Les parallèles entre les événements mineurs du quotidien et leurs résonances au coeur du drame sont habilement menés.

Marilyn Castonguay réussit à tirer profit de cette partition complexe en passant adroitement de la légèreté à la gravité, évitant brillamment le mélodrame. Il y a peut-être certains endroits où les blagues sont un peu trop appuyées, comme si on ne faisait pas tout à fait confiance à la seule force du texte pour puncher, mais ces écarts sont facilement pardonnables devant la justesse du reste.

On ressort de Les filles et les garçons brutalisés certes, mais curieusement emmitouflés de bienveillance.

Rose Normandin

Les filles et les garçons, du 14 janvier au 22 février à La Licorne. Pour toutes les informations, c’est ici.