Crédit photo : Victor Bégin

Un homme vit seul dans un appartement d’une grande ville. Il est sur le point de déménager avec sa fiancée lorsqu’il reçoit, un certain soir fatidique, la visite de neuf étrangers. Ces derniers s’installent chez lui comme si c’était la chose la plus naturelle à faire. Les finissants de l’École supérieure de théâtre de l’UQÀM présentent cette semaine leur deuxième production, Les amis, un texte de Kōbō Abe et une mise en scène de Louis-Karl Tremblay. Regard sur la première.

La scénographie première est minimaliste : il n’y a sur scène qu’un cube sur roues représentant l’appartement. Avant même que la pièce commence, on se retrouve déjà dans un huis clos. Le personnage de l’homme (Victor Naudet) parle au téléphone avec son amoureuse. C’est alors qu’ils entrent en scène, ces neuf étrangers angoissants, en produisant des sortes de bruits d’insecte. Ils se meuvent comme un : ce n’est que dans l’appartement qu’on leur devine une personnalité propre à chacun. Il y a la grand-mère (une excellente Ariane Trépanier), le père et la mère (autoritaires Hubert Rivest et Virginie Ouellet), l’aînée (une sensuelle Mélodie Bujold), l’aîné (le drôle et bizarrement attachant Vincent Rochette), puis une colonie d’enfants à l’âge moins précis (François Lacroix-Lafrenière, Catherine Morrissette, Marc-Antoine Barrette, Laura Côté-Bilodeau). Tous les personnages possèdent leurs moments forts et leurs répliques bien lancées.

Beaucoup de propositions intéressantes dans la mise en scène, bien servie par la scénographie. Le cube de l’appartement pivotera plus tard dans la pièce pour des scènes intenses. L’aînée, en désaccord avec les pratiques de sa famille, tente de séduire et libérer l’homme avec une bouteille de fort et une petite tenue sexy. Les autres comédiens brassent le cube afin de donner une impression de vertige et de mal de mer reliée à la consommation d’alcool tandis que Mélodie Bujold se dévêtit sous les yeux d’un Victor Naudet incrédule.

Les amis, c’est comme un Funny Games réellement funny jusqu’à ce que ça devienne un Funny Games plus classique et violent. On explore une gamme d’émotions différentes du début à la fin, en croissance vers la chute en enfer, et ce dès lors que la famille a priori innocente commence à se mêler de la vie privée de l’homme.

Costumes ultra-baroques, sous-texte moderne sur l’immigration et le vivre en société, cohorte d’étudiants soudée et solide, mise en scène dynamique et scénographie angoissante ; voilà tous les ingrédients principaux pour une pièce de théâtre bien plus que divertissante.

Victor Bégin

Les amis, Studio-théâtre Alfred-Laliberté du 21 au 23 février à 20h, et 23 et 24 février à 14h, École supérieure de théâtre de l’UQÀM.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :