« Québec, ce n’est plus une église
Mais un clan de terriens qui depuis des années
S’ouvrent le cœur et gueulent
Pour ne pas que tu meures
Pour ne pas que tu meures »
– Jean-Pierre Bérubé, La marche des poètes

Le Québec accueille plus de 50 000 immigrants par année, dont un cinquième ne parle pas français. Le budget provincial concédé à la francisation est passé de 70 millions à 170 millions en 2019. Mais comment fonctionne le processus de francisation des immigrants au Québec? Ce ne sont pas les rouages politiques et administratifs que nous montre à voir Andrés Livov, mais plutôt la première ligne de contact avec les élèves, ceux qui donnent le goût d’apprendre et les compétences pour le faire : le professorat.

Mme Loiseau enseigne le français depuis 15 ans aux adultes immigrants au Centre Williams-Hingston à Montréal. Dans sa classe d’une trentaine d’élèves, elle incarne l’humanisme, la bienveillance et l’amour. Ses étudiants sont disparates tant les âges et les cultures se côtoient et se mélangent ; pourtant ils se réunissent autour de l’humilité et du respect de celui qui a dû quitter son pays. On les suit le temps d’une année scolaire, à travers les difficultés et les réussites que présente un retour à l’école.

La langue est donc une histoire d’amour – Bande annonce from Maison 4:3 on Vimeo.

La langue française, on le sait bien, est particulièrement difficile à maîtriser tant à l’oral qu’à l’écrit. Mais les élèves présents sont désireux de l’apprendre pour intégrer la communauté québécoise et trouver un emploi valorisant. Bien qu’ils soient plus de 500 à fréquenter l’école, le film en suit une dizaine. Certains sont solitaires, d’autres entourés d’une famille  ils ont des craintes et des ambitions communes à ceux qui trouvent refuge et doivent s’adapter à ce nouveau milieu. On ressent un véritable intérêt empathique du réalisateur pour ses sujets, un attachement transmit au spectateur qui découvre progressivement leur histoire unique, mais semblable à tant d’autres.

La caméra de Jean-François Lesage (dont on se souvient pour son récent La Rivière Cachée) est observationnelle et télescopique, cadrant de près les visages. Les professeurs et les élèves s’échangent le temps d’écran et c’est toujours leur visage et leur parole que l’on donne à voir et à entendre au spectateur. L’image devient alors elle-même un langage traduisant l’intimité et l’humanité des personnes qu’elle capture. Projetée sur grand écran, cette image accentue les belles imperfections: des rides qui renferment un passé douloureux, des cernes qui rappellent le deuil d’une famille, mais surtout des yeux et des sourires qui soulignent la reconnaissance du respect qui règne dans la classe.

Les crises politiques et humanitaires sont bien souvent les causes de départ des migrants. C’est un privilège que nous prenons trop souvent pour acquis que d’habiter un territoire en paix, où les droits humains sont respectés. Pourtant la peur de « l’autre » est encore bien présente au Québec, où des commentaires haineux polluent les réseaux sociaux et les groupes d’extrême droite sortent de l’ombre. Nous pouvons tenter de subvertir cette tendance à travers des films comme La langue est donc une histoire d’amour, en donnant à voir ceux qu’on n’ose pas regarder, en donnant parole à ceux qui n’ont jamais eu de tribune pour s’exprimer.

Anthony Dubé

La langue est donc une histoire d’amour, à l’affiche au Québec dès le 11 octobre 2019.

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