Crédit photo : Valérie Remise

La vérité, c’est Jean qui la détient et y a pas plus dangereux que ceux qui croient détenir la vérité ! »

Enfant, le jeu Jean Dit m’a toujours un peu troublée. Peut-être était-ce de la psychorigidité de ma part, mais suivre aveuglément les ordres simplement parce qu’on avait dit « Jean dit » me procurait un profond malaise. Pourtant, immense était ma joie lorsque j’arrivais à me plier parfaitement aux consignes de Jean et ainsi, à ne pas me faire éliminer du jeu. C’est exactement sur ce paradoxe que s’appuie la nouvelle pièce d’Olivier Choinière, Jean dit.

Comme à l’habitude, c’est surtout par la forme que Choinière provoque la réflexion. À la manière d’une réunion de A.A., on assiste à l’éveil de chacun des personnages lorsqu’il entend/comprend la parole de Jean et qu’il se libère du mensonge consensuel. Mais au-delà de cette assez habituelle dénonciation du confort de notre asservissement, la pièce gagne en profondeur à mesure que Jean gagne en apôtres et que le besoin de s’émanciper se transforme en volonté de détenir LA vérité et d’évangéliser. Ainsi, le texte de Choinière, s’il pointe du doigt les sphères de notre société où nous avons peut-être cessé de nous interroger par cynisme, par paresse ou par naïveté, souligne également cette propension à la conformité que nous entretenons jusque dans la dissidence.

Ceux qui sont habitués aux projets de Choinière en connaissent la radicalité. La mise en scène de Jean dit continue de s’articuler autour de l’idée que le spectateur a un rôle actif à jouer. Ici, impossible de se fondre dans le noir et d’assister passivement à ce qui se passe sur scène. Pas de quatrième mur, les acteurs s’adressent souvent à la salle et la filme parfois. Les superbes éclairages d’Alexandre Pilon-Guay fréquemment braqués sur le public n’offrent pas beaucoup de répit, non plus. À cela s’ajoute la trame sonore, assurée par un band de métal (appelé pour l’occasion Jean Death et composé de Sébastien Croteau, Mathieu Bérubé, Dominic Forest Lapointe, Étienne Gallo) qui rythme le long leitmotiv sur lequel est structurée la pièce. Devant autant d’éléments de provocation, la réception du show ne peut être que viscérale.

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Mais à force de répétition, la machine perd de son impact et on ne peut ignorer cette petite impression que le metteur en scène se caresse l’égo dans sa bonne idée. Savoir exactement quels seront les déplacements, quand les musiciens commenceront à jouer et qui va parler finit par enlever un iota du plaisir que l’on pourrait éprouver à se faire brutaliser par Choinière.

Si le regard de l’auteur est lucide et parfois dur, il reste que le texte est drôle et intelligent. Les acteurs, issus de la diversité (le CTDA continue sur sa belle lancée et peut se péter les bretelles, bravo !) s’amusent, c’est évident. Jean dit brasse la cage et pousse à la réflexion de façon ludique et pertinente. Du théâtre qui désencrasse les méninges.

Rose Normandin

Jean dit, une création du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et de l’Activité, est présentée du 20 février au 17 mars 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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