Je peux observer l’extérieur par la fenêtre et je me dis que tout ce qui se déroule dehors sous le couvert du crépuscule n’est que l’antichambre d’un malheur contre lequel nous cherchons seulement à nous abriter. »

Dans une entrevue menée ici même avec notre délicieuse Elizabeth Lord, Joël Casséus parlait du titre du roman comme faisant davantage référence à un état d’esprit qu’à une véritable fin du monde.  Pourtant, il y a dans ce roman autant de sable et de gravel qu’il en faut pour nous évoquer un Mad Max ou un The Road, ou même encore Agota Kristof en y ajoutant une singularité de ton, une virtuosité de la langue et une grande imagerie poétique.  Bien que le lecteur ne sache jamais précisément ce qui est arrivé au territoire pour plonger les personnages en état de survie, le désert, l’hostilité, le désespoir est partout.

Il y a ceux qui ont connu l’avant et qui souffrent chaque jour de voir l’ordinaire disparaître, il y a ceux qui sont nés dans ce monde désertique et qui savent y trouver leur compte et il y a ceux qui se battent pour ne pas céder au désespoir et continuer à chercher une avenue meilleure.  Il n’y a pas à dire, s’il s’agit de fiction, il est évident que ce roman s’apparente au cauchemar que vivent quantité d’humains sur cette Terre.

Afin de nous dresser ce sombre portrait, Casséus passe d’un point de vue à l’autre, multipliant les personnages, sans jamais les nommer, préférant plutôt nous les dépeindre par les observations internes que se font les narrateurs.  Si ce procédé peut être, au départ, étourdissant ou légèrement confondant, cela fini par créer un portrait intimiste et méditatif du lieu déchiré ainsi que des personnages brisés qui y habitent.  Crépuscules se tient loin de la fable moralisatrice et choisi plutôt de s’intéresser au contexte horrifique de violence et de désolation.

On est devant une écriture très belle qui n’est pas sans écorcher le lecteur. Une écriture vorace et sans pitié qui nous parle d’un endroit où la douleur est chose habituelle et où les joies sont évitées parce qu’elles donnent trop de choses à perdre.  Crépuscules est un roman sur la résilience et sur l’humanité dans ce qu’elle a de plus animal.

– Rose Normandin

Crépuscules, Joël Casséus, Éditions Le Tripode, 2018.

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