Image tirée du film Everything Will Be Okay

Le Cinéma du Parc présente jusqu’au 11 février, tous les courts métrages d’animation et de fiction mis en nomination aux Oscars cette année. Une initiative toujours appréciée. Personnellement, j’espère remporter pour une troisième année consécutive la victoire du petit pool d’Oscars intégré il y a trois ans. Et pour gagner, il faut tout voir! Cela dit, un petit avertissement, la mouture 2016 n’est franchement pas la plus originale ni la plus impressionnante.

Courts métrages de fiction : beaucoup de violons, peu de larmes

Du côté des courts métrages de fiction, cinq s’affrontent : un film sympathique qui fait sourire sans plus; deux qui veulent tirer les larmes, mais qui tirent un peu trop fort; enfin, deux films qui, merci l’Académie, réussissent enfin à nous toucher. « Ave Maria » de Basil Khalil et Éric Dupont fera plaisir aux idéalistes de la paix; une comédie où des sœurs cloitrées installées en Cisjordanie doivent aider des colons juifs et où chacun devra marcher sur ces croyances pour arriver à s’entendre. Tout de même rigolo, mais trop simpliste.

« Day One » d’Henry Hughes et Michael Steiner est un court métrage américain, très américain racontant la première journée d’une interprète en Afghanistan pendant la guerre de 2009. Tout est énorme, les bruits d’hélicoptères, une petite fille dont le père est mort, un accouchement qui tourne mal pendant l’arrestation d’un terroriste. Le film a beau être tiré d’une histoire vraie, l’émotion n’arrive pas à traverser l’écran saturé de violence.

« Everything Will Be Okay (Alles wird gut) » de Patrick Vollrath est aussi chargé d’émotions, mais rate sa cible. Un père divorcé tente de kidnapper sa fillette qui comprend rapidement ce qui se passe. L’intérêt du film est dans la psychologie de ses deux personnages, joués brillamment d’ailleurs, mais trop de temps est accordé au plan et pas assez aux émotions sous-tendues.

« Stutterer » de Benjamin Cleary, court métrage romantique mettant en scène un jeune typographe qui n’arrive peu ou pas à s’exprimer à l’oral est charmant. Une jolie histoire bien réalisée, mais bien loin d’être bouleversante.

Enfin, « Friend (Shok) » de Jamie Donoughue raconte une histoire d’amitié incroyablement émouvante lors de la guerre au Kosovo. Rien d’original, peut-être, mais il y là une simplicité qui atteint ce que beaucoup de longs métrages sur la guerre n’arrivent pas à atteindre. Ici, il vaut la peine de sortir nos mouchoirs.

Court métrage d’animation :

En animation, voilà une sélection sage, sans grandes prouesses techniques, mais des films somme toute touchants. « Sanjay’s Super Team » de Sanjay Patel est sans aucun doute le film le plus adorable de la sélection. Un Pixar comme on les aime, parce que oui, les films des studios Pixar sont faits pour plaire et nous font à coup sûr pousser un petit « Hon! Mignon! » Ici, l’histoire est inspirée de l’enfance du réalisateur; on suit un petit garçon indien coincé entre la culture moderne et les traditions de l‘hindouisme. Le court métrage muet est simple et touchant; les dessins, surtout ceux de la bataille des dieux hindous, sont magnifiques.

Sanjay’s Super Team est sans doute le film le plus adorable de la sélection.

Sanjay’s Super Team est sans doute le film le plus adorable de la sélection.

« Bear Story » de Gabriel Osorio Vargas et Pato Escala Pierart est émouvant sans trop appuyer sur le drame. Un ours fabrique une machine à images et à musique qui reproduit et raconte ses aventures loin des siens. Une fable simple et jolie sur la résilience et la création.

Richard Williams, l’habitué des Oscars (il en a remporté trois dans sa carrière), présente « Prologue », une animation aux crayons de bois. Les premières images du film sont sublimes, mais la violence qui suit est presque exagérée. On reste un peu sur notre faim puisqu’il s’agit réellement d’un prologue, peut-être à la guerre, à l’histoire de la Grèce… Bref, ça ne manque pas de sang, mais un peu de chair.

« We Can’t Live Without Cosmos » est un court métrage charmant sur l’amitié entre deux futurs astronautes. Le réalisateur, Konstantin Bronzit œuvre en animation depuis les années 1990, il a remporté plusieurs prix internationaux, mais il s’agit ici de sa première présence aux Oscars. Il y a quelque chose de si familier dans les traits du dessin de Bronzit que We Can’t Live Without Cosmos donne l’impression d’un film qu’on aurait déjà vu à Télé-Québec ou plutôt à Radio-Québec. Il s’agit d’un animé sans paroles où l’on rigole et on où on est ému. Quoique pourvu d’une belle imagination et agréable à regarder, le film mérite-t-il vraiment un Oscar? La question se pose…

Dernier film en nomination, « World of Tomorrow » de Don Hertzfeldt est le plus déroutant et original comme on pouvait s’y attendre. Hertzfeldt est une sensation du monde de l’animation depuis un moment déjà. Il est connu pour Rejected qui fut en nomination aux Oscars au début des années 2000 et qui est devenu un court métrage culte. Seul réalisateur à avoir remporté deux fois le grand prix du court métrage au Festival Sundance où il détient aussi un record de participation, il est peut-être l’heure de lui remettre la statuette dorée… Cela dit, World of Tomorrow est un court de science-fiction philosophico-existentiel (comme beaucoup de films de science-fiction d’ailleurs). On ne rigole pas autant que dans d’autres films Hertzfeldt : c’est beaucoup moins irrévérencieux et plus réfléchi. Pour cette raison, il s’agit sans doute du plus intéressant et original de sa catégorie.

C’est le 28 février prochain que se tiendra la 88e édition des Oscars. Beaucoup de cinéphiles avouent leur amour-haine de l’événement, trop blanc, trop masculin, trop frileux; j’en suis. Cette année, les nominations des courts métrages n’échappent malheureusement pas à cette tendance, deux femmes productrices, pas de réalisatrices et pas que des Américains, mais que des hommes blancs à l’exception des Chiliens Gabriel Osorio Vargas, Pato Escala Pierart et Patel Satay. Après 88 ans de tapis rouge, presque tout le monde est d’accord, il est véritablement temps de réfléchir plus sérieusement à ces questions.

Maude Levasseur

Les courts métrages en nomination aux Oscars seront présentés jusqu’au 11 février au Cinéma du Parc.
Pour l’horaire complet, c’est ici.