Crédit photo: Maxime Delisle

Safia Nolin, c’est un talent qu’on suit depuis un bon moment au webzine Les Méconnus. Depuis son premier EP jusqu’à son premier album Limoilou, ses premiers shows plus timides jusqu’à ses concerts grandioses, de sa lente montée dans l’industrie jusqu’à ce qu’elle – vous me voyez venir – foule le tapis rouge de la 38e édition du Gala de l’ADISQ dimanche soir et qu’elle remporte le Félix de la Révélation de l’année dans un gros cri de joie. Dans la grande tempête de grains de sel à laquelle on assiste, laissez-moi pitcher le mien parce que pourquoi pas.

Oui, Safia portait des jeans. Oui, elle a boudé la mise en beauté qui doit coûter une belle beurrée aux artistes. Oui, elle arborait fièrement un chandail de Gerry Boulet (wow) et de son idole Céline Dion. Oui, elle a fait un triplé de fuck sur scène. Oui, elle a osé faire une blague à sa soeur en la traitant de «grosse conne». Et alors?

«Pas de classe!» «Grosse mal habillée!» «Honte pour le Québec!»

En gros, ça a donné ça (avec plus de fautes d’orthographe).

Est-ce qu’automatiquement, parce qu’elle est différente des Marie-Mai et Ima de ce monde, #lesgens ont le droit de scruter son apparence, de ridiculiser son allure, de réduire sa jeune carrière en pure moquerie? Vous le savez déjà : non. Quelle mouche a piqué Ghislaine, Linda, Georges, alouette? Qui ose peser sur «envoyer» avec des insultes qu’il n’oserait jamais dire en face de la personne en question, dans ce cas-ci une artiste de tout juste 24 ans? Les trolls oui, voyons. Mais depuis quelques jours, les trolls ont pris les airs de nos soeurs, de nos pères, de nos cousines de la fesse gauche. Et c’est ça qui est vachement troublant.

Ne mélangeons pas liberté d’expression et intimidation, en voyant ces insultes comme des p’tites blagues de mononcles sans conséquence qui divertissent entre les conversations plates avec la fille du marketing devant la machine à café. Après, j’imagine bien Ghislaine, Linda, Georges ou alouette passer la soirée à se demander comment aider sa fille un peu boulotte ou son garçon qui n’aime pas le hockey (ou Pokémon GO, ou whatever) à arrêter d’être intimidé à l’école. Facile. Qu’ils se regardent dans le miroir.

Comme le rappelle Safia, qui n’en est malheureusement pas à ses premières moqueries cruelles : «Il y a pas de différence entre ce que vous faites et L’INTIMIDATION. C’est du bullying pur et simple et ça, c’est non. C’est non dans les écoles, les milieux de travail, la rue ET SUR INTERNET. Il y a pas de différence entre Safia l’artiste et Safia la personne.»

Si ce que vit Safia en ce moment n’est pas de l’intimidation, je n’ai jamais compris la définition du mot. Ce serait une façon plutôt plate d’apprendre que j’ai mal lu le dictionnaire. Heureusement, l’artiste a répondu à merveille sur URBANIA, direct dans les dents #desgens. En prime, elle a même réussi à faire sauter le site (pis les internets) à cause d’une trop grosse affluence.

urbania

Et une vague de commentaires positifs s’est levée, comme pour faire un gros «fuck you» à tous les haters qui n’avaient rien de mieux à se mettre sous la dent ce jour-là. L’album de Safia ne leur tentait pas, apparemment.

Sur cette montée de lait, je vous salue comme a si bien su le faire Safia,

«Avec amour, respect et un t-shirt de Gerry Boulet.»

Amen.

Mélissa Pelletier