Crédit photo : Fany Ducharme

AVERTISSEMENT : le compte-rendu de spectacle qui suit traite de choses ombrageuses et mélancoliques, d’embâcles et de débâcles, de saisons froides et de printemps moroses. Le contenu du présent papier, ainsi que l’œuvre d’Antoine Corriveau à laquelle il s’attaque et s’attache, sont par conséquent déconseillés aux âmes joviales et aux cœurs frileux qui appréhendent l’accord mineur. Les auditeurs-lecteurs fragiles sont maintenant prévenus.

Le mardi 11 novembre, dans le cadre du festival Coup de coeur francophone, Antoine Corriveau effectuait son attendue « rentrée montréalaise », terme bidon pour décrire spectacle de métropole qu’on a habituellement rôdé ailleurs, devant petit public de région dégourdi. Fort d’un full band, l’heure était vraisemblablement à l’épatement d’un public averti, réuni à plus fort prix. On s’attendait à rien de moins qu’une totale. Et la totale a été.

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Après le tour de piste réussi d’une Sylvie Paquette bien en jambe, bien en voix, et bien entourée, Antoine a pris possession de la scène gréyé à l’image de son album : de noir, du faîte d’un chapeau à larges bords cendré à la pointe du soulier pointu pour l’occasion. Paré pour dessiner ses ombres longues avec sa lumière de fin d’été. Prêt à nous givrer la colonne de ses morceaux de glace emportés par un courant froid. Convaincu de pouvoir faire céder toutes les réticences en appliquant la bonne pression à la bonne place. Avec son beau glossaire, son nouveau vocabulaire.

On pourrait se perdre dans les détails et discuter d’un set sans failles. On pourrait parler du brio de l’entourage, de l’unicité d’un groupe fait d’amis avant d’être compagnons de scène. On pourrait louanger un esprit vif et souligner un sens de la répartie qui soulage la tension entre les titres et fait franchement rire. On pourrait décrire le charisme, la présence scénique, la dégaine, le talent sur l’instrument, l’authenticité de la voix, le poids des mots et la justesse de leur articulation. On pourrait écrire sur chacune des pièces qui, aussi pesantes soient-elles, forment ce tout lumineux et éblouissant. On pourrait finalement parler d’un phare qui malgré lui, mais en l’assumant, projette une ombre qui promet de s’allonger avec les saisons, les années, sur une carrière qui s’annonçait fructueuse, mais qu’on espère maintenant des plus prolifiques.

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On pourrait jaser, oui. Mais je préfère laisser tomber le clavier et vous laisser écouter ce qui suit. La pièce de clôture d’un spectacle en marche, livré par un artiste qui continuera encore, parce que son œuvre grave n’est pas de celles qui font des morts. Bien au contraire, elle est plutôt de celles qui les réveillent.

Nicolas Roy