Les films de David Cronenberg ont la réputation de diviser le public. Ses œuvres considérées comme iconiques par certains, tel Naked Lunch, sont décriées par d’autres. Crash a même été banni en Angleterre, malgré le prix spécial du jury obtenu à Cannes. Ses derniers films, plus grand public, ont davantage attiré le consensus, et ses fans se demandaient s’il allait renouer avec ses thématiques plus sombres, voire cauchemardesques, avec son nouvel opus, Cosmopolis.

Adapté du roman de Don DeLillo, le film met en scène Eric Packer, un jeune milliardaire désabusé œuvrant dans le milieu de la finance, qui souhaite traverser Manhattan en limousine pour se faire couper les cheveux. Mais le monde est en crise, la ville est assiégée par des émeutiers et des terroristes alter-mondialistes. Le jeune prodige profitera alors des arrêts forcés pour recevoir sa cour composée de sa femme, son docteur, ses conseillers, théoriciens, maîtresses, et autres. Alors que le voyage progresse, on découvre petit à petit l’univers d’Eric et son insouciance envers tout le reste.

Nombreux étaient surpris et inquiets par le casting de Robert Pattinson (la coqueluche de Twilight) dans le rôle principal, mais pour jouer un homme amer, froid, et détaché de ses émotions, l’acteur s’en sort plutôt bien. Le spectateur aura également le droit à quelques apparitions assez savoureuses de Juliette Binoche, Paul Giamatti, Jay Baruchel et Mathieu Amalric. Le scénario, suivant le roman de très près, demeure le meilleur atout. La réalisation se fait discrète, pour ne pas dire transparente, afin de laisser le plus de place possible au texte et à l’interprétation. Les dialogues acerbes et percutants sont d’une actualité étonnante, encore plus au Québec où l’indifférence et le mépris envers un conflit majeur sont à leur plus fort.

On pourrait reprocher au réalisateur son traitement clinique et glacial de l’intrigue, le jeu insensible de Pattinson, et même l’utilisation des écrans bleus dans la limousine qui contribuent au caractère artificiel, et il va de soi que certains seront rebutés. Mais tout cela renforce justement l’ambiance malsaine du film. On en sort abattu, perturbé et abasourdi. Cronenberg ne signe pas ici son film le plus accessible, mais c’en est un remarquable qui pose les questions justes.

– Boris Nonveiller