En 2011, en collaboration avec Simon Lavoie, Mathieu Denis avait écrit et réalisé Laurentie, un triste constat sur la perte de repères et l’aliénation du Québécois contemporain. Son deuxième long métrage, Corbo, est en apparence un changement de cap, mais c’est avant tout un complément intéressant au questionnement identitaire et social qu’est Laurentie. Corbo reprend une thématique similaire mais prend le parti du film historique pour s’attaquer à une autre facette de la société québécoise.

Le film reprend l’histoire de l’engagement du jeune Jean Corbo au sein de la FLQ et les conséquences qui en ont découlé. Le récit commence avec l’entrée de l’adolescent dans une école catholique. Originaire d’une Québécoise de souche et d’un père italien qui a très bien réussi, ce bourgeois de seize ans est perdu entre ses deux nationalités, entre sa classe sociale de Mont-Royal, et celle, ouvrière, avec laquelle il sympathise; entre la tradition sévère et conservatrice de la génération précédente et les revendications révolutionnaires de la sienne. Comme on le sait déjà, il va se lier avec deux jeunes membres du FLQ, et petit à petit, il se reconnaîtra dans leur combat.

Comme les meilleurs films historiques, celui de Mathieu Denis parle de son époque, mais surtout de la nôtre. Il y est question de souverainisme et d’identité, de ce point de vue Corbo est assez représentatif de l’époque. Mais il y est surtout question de revendication sociale et de moyens à prendre une fois que le militantisme pacifique a échoué. De ce côté-là, plusieurs scènes de conflits familiaux sont assez flagrantes. Le fameux débat au sujet des libéraux au pouvoir qui promettent de régler les problèmes économiques depuis des années ne manque pas de faire sourire. Il y a bien sûr l’éternel conflit des générations, mais on est bien loin du cliché des jeunes incompris par les vieux, puisque le père de Jean s’entend politiquement aussi mal avec son propre père qu’avec ses fils.

Le frère du protagoniste est l’autre alternative : militer à gauche, revendiquer, mais ne jamais dépasser la ligne de la violence. On nous rappelle qu’il est bien simple d’opposer les actions pacifiques aux attentats du FLQ, mais que personne dans cette histoire ne voulait des morts. Somme toute, le jugement ne tombe jamais… on laisse aux spectateurs le soin de décider qui a raison, mais on comprend surtout qu’il n’y a pas de réponse facile. Il faut avouer que Corbo arrive au bon moment, alors que l’insatisfaction est à son plus fort, et qu’on ne peut que constater que « la fin heureuse » de 2012 n’a pas eu l’effet escompté. L’histoire pourrait se répéter, raison de plus pour se pencher sur notre passé.

Boris Nonveiller

Corbo de Mathieu Denis prend l’affiche au Québec le 17 avril.