Vingt-deux femmes, onze duos, une mission qu’elles ont toute acceptée : choisir un lieu d’écriture cher et le présenter à l’autre. Les textes qui en ont découlés sont présentés aux Éditions du passage sous le titre Ce qui existe entre nous. La poète Sara Dignard a eu l’idée de ce projet suite à la lecture du récit de la rencontre entre Marguerite Duras et Madeleine Gagnon, écrit par cette dernière. Dignard s’interroge sur le rapport au lieu des femmes qu’elle aime lire et a eu envie de proposer à vingt-deux femmes de se rencontrer sous ce thème.

L’idée de créer des duos entre de femmes écrivaines de différents âges, à différents moments de leurs carrières est un des points forts du recueil. On sent parfois la curiosité de l’une face à l’autre, l’admiration de la plus jeune face à l’expérience de l’autre. Le respect qui émane de tous les textes est touchant. La liberté avec laquelle s’articule les textes est aussi fascinante. Chaque duo d’autrices a su faire de l’expérience un texte personnel où la rencontre est le point central, où les mots de l’une mettent ceux de l’autre en lumière, et vice-versa.

Avant tout, je dois préciser que TOUS les textes de ce recueil sont extraordinaires, ce qui est en soi un tour de force pour un collectif offrant une si grande liberté, et que le pari n’était pas du tout gagné dès le départ. J’ai fait le choix de parler de quelques textes ici, pour vous donner le plaisir de découvrir tous les autres.

J’ai particulièrement aimé les textes où les autrices se répondaient dans un dialogue poétique, une danse bien réglée et gracieuse. Tshin nin mak pupun de Rita Mestokosho et de Marie-Andrée Gill s’inscrit dans ce style avec leur suite de poèmes où leurs deux voix s’entrecroisent et se répondent dans une compréhension mutuelle. Tantôt, une lettre s’écrit, un mot d’encouragement, un conseil, les deux autrices sont alliées et égales.

Le texte d’Élise Turcotte et Laurence Veilleux, Les autels portatifs, fait état d’une réalité différente : l’impossibilité de se rencontrer dans un lieu « physique », c’est donc de leurs lieux respectifs qu’elles se sont écrits, un lieu parfois flou, indescriptible, peuplé de livres, de figures indéfinies, de souvenirs, de rêves. Sous forme de lettres, elles s’adressent l’une à l’autre dans le dessein de se rencontrer par les mots. C’est plus que réussi.

Je ne m’attendais à rien en ouvrant ce recueil dont je n’avais pas entendu parler. Je ne m’attendais à rien et j’ai eu tout : des autrices au cœur d’or qui se rencontrent, parlent, créent; des frissons devant la connexion et le respect mutuel de l’autre et des sourires devant le bonheur de lecture que j’en ai retiré.

– Elizabeth Lord

Ce qui existe entre nous : dialogues poétiques, sous la direction de Sara Dignard, Éditions du passage, 2018. Avec Monique Adam, Virginie D. Beauregard, Geneviève Boudreau, Sarah Marylou Brideau, Nicole Brossard, France Cayouette, Marie-Josée Charest, Louise Cotnoir, Denise Desautels, Sara Dignard, Louise Dupré, Marie-Andrée Gill, Geneviève Gosselin-G., Tania Langlais, Dyane Léger, Rita Mestokosho, Diane Régimbald, Chloé Savoie-Bernard, France Théoret, Élise Turcotte, Laurence Veilleux, Ouanessa Younsi.

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