Crédit photo: J.M. Ruellan

C’était le déluge le 14 octobre dernier à la Société des Arts Technologiques! Oui, un véritable déluge de sons, d’images et de styles a submergé le public venu écouter CocoRosie, dont la marque de commerce est justement l’éclatement des genres et le maximalisme. Le duo formé par les sœurs Casady et accompagné de musiciens a été fidèle à lui-même en mêlant pop, électro, hip-hop, folk, opéra, gospel; clavier, harpe, trompette, flûte de paon, percussions; arts visuels, théâtre et musique. Tout ça dans une salle non climatisée dans laquelle se trouvait la foule la plus compacte de l’histoire de l’humanité. Ouf!

 

En voulez-vous? En voilà!

CocoRosie, qui avait donné un spectacle charmant mais inégal à l’Olympia en juin 2010, était (enfin) de retour à Montréal. Cette fois, le band est venu présenter son récent album, Tales of a Grass Widow, plutôt écorché par la critique, laquelle avait pourtant bien accueilli les précédents albums, en particulier La maison de mon rêve (2004) et Grey Oceans (2010).

Les musiciennes/artistes ont sorti l’artillerie lourde pour faire mentir les critiques et impressionner leurs fans montréalais. Énergie débordante, très forte présence scénique, voix prenantes… tout y était pour faire vibrer le public, qui aurait sûrement dansé si l’espace l’avait permis. Elles ont aussi mis le paquet côté visuel, en se changeant à multiples reprises durant le spectacle. Pratique: leurs costumes étaient accrochés à une corde à linge sur la scène! C’est ainsi que l’on a pu voir Sierra en tutu noir, en robe blanche, puis dans un habit en velours mauve, tantôt avec un masque à plumes, tantôt avec des maquillages de clown ou de princesse. Moins flamboyante que sa sœur, Bianca en a tout de même surpris plusieurs en arborant un look féminin (tignasse longue et blonde, et vêtements cutes) plutôt que son androgynie habituelle et sa fausse barbe. Comme rappel de son identification queer peut-être, elle a enfilé une casquette ornée du mot « PRIDE » après quelques chansons.

 

Trop, c’est comme pas assez?

Pour ajouter à l’aspect visuel, trois écrans diffusaient des vidéos impressionnistes sur lesquelles étaient superposées des images du spectacle, le plus souvent le visage des musiciennes en gros plan. L’effet fantomatique et onirique était intéressant, sans toutefois être à se jeter par terre. Après tout, des images de vagues, de fleurs et de champs, même (et surtout) avec une petite twist hipster, on en a déjà vu beaucoup. On aurait pu s’attendre à plus impressionnant de la part des sœurs Casady, à la créativité artistique indéniable.

Une créativité qui s’est plus fait entendre que voir ce soir-là donc, mais quelle créativité! Plutôt que de reprendre tels quels les titres de leur récent album, elles ont servi une version plus dynamique où les voix étaient davantage mises en valeur. « Tears for Animals », moins funky que sur l’enregistrement, a été merveilleusement rendue, ainsi que la touchante « Poison ». Le groupe a joué dans l’intégralité Tales of a Grass Widow, ce qui a hélas laissé peu de place pour les chansons tirées des autres albums, n’en déplaise aux fans de la première heure. Heureusement, on a eu droit vers la fin à la sublime pièce « Werewolf » et à la populaire « Smokey Taboo ». Le seul hic? Les chansons étaient à ce point différentes de leur version originale qu’il était pratiquement impossible de reconnaître les mélodies. Une petite déception pour celles et ceux qui essayaient de scander les paroles en même temps que les chanteuses, sans succès.

Magique pour certain-e-s, rafraîchissant pour d’autres, ou encore trop intense pour au moins une quarantaine de personnes qui sont sorties bien avant la fin avec un air dépassé, le spectacle explosif de CocoRosie a au moins le mérite de n’avoir laissé personne indifférent.

– Edith Paré-Roy